Musique / Festivals

Nous sommes en mai 2018. La révolte étudiante parisienne de 1968, celle qui fit trembler la Vieille Dame sur ses bases et réécrit le scénario des décennies qui suivirent, célèbre son premier demi-siècle. L'Ancienne Belgique, toujours friande de soirées-concept et de cycles thématique, profite de cet anniversaire symbolique pour réveiller ses envies de musiques engagées. Durant les prochaines semaines, elles entretient le feu contestataire multiplient les rendez-vous musicaux qui l'embrasent tant et plus. Après avoir fait résonner les voix du mouvement Black Lives Matter, et avant d'accueillir les icônes punk que sont PIL et Billy Bragg début juin, place à celles de la révolte sociale turque le 24 mai, et surtout à celles virulentes du grime londonien ce dimanche.


Le grime est un des nombreux sous-genres du rap fomenté dans les couloirs de l'underground londonien. Il frappe fort, rebondit, haletant et mitraillant, rapide, technique et surpuissant. Né dans le Borough de Tower Hamlets aux début des années 2000, le genre n'a jamais ralenti sa course effrénée, mais semble connaître un nouvel élan, porté par le renouveau des rimes révoltées et surtout l'omnipotence du hip hop dans la culture globale – qu'elle soit populaire ou de niche. Jadis popularisé par l'incontournable Dizzee Rascal puis Wiley, le grime est aujourd'hui défendu de fort belle manière à l'international par son nouveau patron Skepta (lauréat du prestigieux Mercury Prize Award en 2016). A sa droite, son lieutenant Stormzy, dont la première plaque "Gangs Signs & Prayer" caracolait encore il y a peu en tête des ventes britanniques. Le premier se dit plus activiste que rappeur, le second soutient ouvertement le parti travailliste de Corbyn. Le grime a le torse bombé et le couteau entre les dents.


L'AB, bien inspirée, organise donc ce dimanche (dès 20h) un mini-festival dédié au grime. Vous y découvrirez AJ Tracey, jeune artiste de 23 ans qui rime en cadence depuis l’ouest de la City. L'an dernier, il parcourait le globe lors d'une première tournée internationale et dévoilait à la fois son humour tranchant et ses mots très critiques à l'égard de notre société. Lui aussi a d'ailleurs offert son soutien à la campagne de Jeremy Corbyn et au parti travailliste, le seul capable selon lui "de redonner de l'espoir et un avenir à la jeune génération".


A ses côtés, vous trouverez Nadia Rose, petit baton de dynamite au flow percutant et cousine de Stormzy accessoirement. La chef de file d'une nouvelle vague de MC féminins, dont nous vous enjoignons à découvrir le premier opus "Highly Flammable" prestement. Novelist, dernier meilleur élève en date de la classe grime, sera aussi de la partie ce week-end. Un autre rappeur qui pèse ses mots avant de nous les projeter au visage, mêlant ses réflexions poétiques/politiques à sa propre histoire pour capter l'attention. Enfin, la Britanno-Nigériane Flohio viendra compléter ce line-up maousse costaud et nous mettre l'eau à la bouche et aux oreilles en attendant son premier véritable LP. Que du beau monde, pour un dimanche soir poing levé.