Musique / Festivals Leo Nucci reste impressionnant, mais Tatiana Serjan lui vole la vedette.

Shakespeare et Verdi avaient tout compris : la femme qui se cache (plus ou moins) derrière le dirigeant est parfois bien plus influente que l’homme de pouvoir lui-même. Démonstration éclatante avec Macbeth et Lady Macbeth, et plus encore dans la nouvelle production de l’Opéra de Liège. A 76 ans, Leo Nucci reste un Macbeth fascinant, doté d’une véritable présence scénique et capable de superbes fulgurances, surtout vers la fin du spectacle, comme s’il en avait gardé sous la pédale pour réussir sa sortie. Mais l’honnêteté commande de dire qu’il y a aussi - et on ne peut s’en étonner et encore moins lui en faire grief - quelques passages à vide, l’un ou l’autre écart ou des moments où l’homme, plus encore que l’artiste, semble à bout de forces.

Classique mais pas ringard

Alors, quand il y a à ses côtés une Lady Macbeth de la trempe de Tatiana Serjan, le Roi usurpateur paraît bien plus encore sous la coupe de son épouse plus jeune et plus ambitieuse. La soprano russe est d’une puissance vocale fascinante : son médium et son grave sont exceptionnellement sonores et nets, et ce n’est qu’en comparaison que le registre aigu paraît parfois un tantinet moins assuré ou les passages moins homogènes. Le timbre est rond et charnu, les phrasés inspirés, et Serjan dégage en outre un charisme à toute épreuve. Tous les autres chanteurs ont beau faire de leur mieux, et tout particulièrement l’excellent Banco de Giacomo Prestia, ils n’y peuvent rien : Lady Tatiana leur vole à tous la vedette.

Dans la fosse, on est ravi de retrouver Paolo Arrivabeni, toujours incisif, net et justement expressif à la tête d’une phalange qu’il connaît évidemment très bien pour en avoir été neuf ans le directeur musical (commençant à l’époque avec… "Macbeth"). Il dirige une version quasi complète, ballets compris, ce qui porte la soirée à un peu plus de trois heures. Il y a parfois quelques petits décalages côté chœurs, mais de ceux qui devraient disparaître au fil des soirées.

Directeur de la maison, Stefano Mazzonis signe une mise en scène plutôt réussie, classique mais pas ringarde, avec des costumes somptueux de Fernand Ruiz et un décor unique assez simple de Jean-Guy Lecat : un damier visible de la salle par un miroir incliné au-dessus de la scène (ce qui permet de jouer l’opposition entre le Roi blanc - Duncan - et le Roi noir - Macbeth-) et, comme seuls volumes, six parallélépipèdes rectangles posés sur leur base qui avancent et reculent en divers agencements et une longue table de banquet en trompe-l’œil qui descend des cintres.

Dommage que la gestion des mouvements de groupe reste aussi peu aboutie : entre les sorcières barbues et cornues qui perdent toute capacité de faire peur à force d’agiter leurs voiles turquoise comme dans une pub de déo des années 70 et les troupes de la forêt de Birnam qui secouent leurs branches de ridicule façon, en passant par les sicaires qui tuent Banco comme un groupe d’étudiants en goguette ou un défilé de Rois qui manque de noblesse, on a trop souvent l’occasion de sourire. Pas normal dans "Macbeth".Nicolas Blanmont

Liège, Théâtre Royal, jusqu’au 26 juin; www.operaliege.be. Diffusion jeudi 14 à 20 h 30 sur Culturebox.