Musique / Festivals

Ils sont givrés et magnifiques, les Danois du groupe Efterklang, écrivait-on, en septembre, à propos de leur 4 e album "Piramida". La tête encore pleine du concert qu’ils ont donné jeudi soir devant une AB combl(é)e, on confirme. On insiste même : ils sont fantastiques.

Le groupe de pop n’est pas le seul à devoir être applaudi : il était entouré d’un orchestre de chambre, le Sinfonia Rotterdam sous la direction de Matthew Coorey, et de trois choristes non moins talentueuses. Sans compter le solide soutien du batteur Budgie (Siouxsie and The Banshees) et du multi-instrumentiste Peter Broderick - qui avait auparavant joliment chauffé la salle. Soit trente personnes sur la scène de l’AB. Celle-là même où le groupe avait fait ses premiers pas hors du Danemark en 2005. Celle-là où il jouait déjà, jeudi, son avant-dernière date en configuration orchestrale.

Tout cela est un peu "surréaliste", confiait le chanteur Casper Clausen, en cours de concert, visiblement ému, mesurant l’aventure parcourue. A l’origine de "Piramida", il y a en effet le séjour que le trio a effectué dans la ville fantôme de Piramiden, sur une île de l’océan Arctique, cité minière abandonnée en 1998. Dans ce lieu désert peuplé de souvenirs, Efterklang a enregistré de multiples sons, captant l’écho d’énormes cuves métalliques et de la nature grandiose, les notes d’un grand piano délaissé ou encore le bruit de pas rapides sur un caillebotis. Mixés, retravaillés pour pouvoir être joués sur clavier, ces sons apparaissent - discrètement - sur "Piramida". Tout ça, c’est pour la petite histoire : au-delà de ces bricolages, l’album s’avère au final très mélodique et fédérateur, porté par la belle voix de Casper Clausen et un subtil mélange d’instruments traditionnels - pop et classiques -, d’electro et de chœurs.

Sur scène, la magie opère immédiatement. Entre le Sinfonia Rotterdam et Efterklang, le courant passe parfaitement. Il s’en dégage même une réelle chaleur musicale et humaine, avivée par le sympathique Casper Clausen, géant longiligne à la joie contagieuse.

Tout ce beau monde se serre sous une élégante galaxie de formes géométriques rayées de noir et blanc. Musicalement, ce sont de véritables aurores boréales que dessinent les mini-symphonies de "Piramida", magnifiées par un chœur céleste, des percussions et claviers délivrant d’étonnantes fulgurances, des cordes et cuivres bien dosés. Le chant de Casper Clausen évoque parfois celui de David Byrne. On verrait d’ailleurs bien les Talking Heads se joindre à l’envoûtant "The Ghost", pièce maîtresse de l’opus qui sera rejouée en ultime rappel.

Une douce euphorie emplit le public de l’AB qui finit debout, offrant une chaleureuse ovation au groupe. "On espère vous revoir l’an prochain", répond celui-ci. A bon entendeur En attendant, "on vous souhaite un bel hiver", lancent les Danois. Ne manque qu’un enregistrement de leur concert pour que leur vœu se réalise