Musique / Festivals

Elle a la volonté inébranlable des Ardennaises, la soif de gagner mais aussi la persévérance et la force de travail qui permettent d'y arriver. Elle est en train de se construire un palmarès international comme peu de ses collègues belges en ont réussi avant elle.

Mais il s'agit de chant, et Anne-Catherine Gillet n'est pas prête de prendre sa retraite : tout au contraire, l'estime que lui porte Nicolas Joël, actuel patron du Capitole de Toulouse et désigné pour succéder à Gérard Mortier dans un an à l'Opéra de Paris, est telle qu'on verra assurément la native de Libramont sous les ors du palais Garnier ou sur l'immense scène de la Bastille (la rumeur parle, même si rien n'est encore officiel, d'un "Werther").

En attendant, Gillet est à Toulouse où Joël, après lui avoir confié voici deux ans une étonnante passe de quatre (Despina, Poppea, Lauretta et Zdenka) vient de lui offrir un rôle emblématique entre tous pour une jeune soprano : Sophie, dans "Le Chevalier à la rose". "C'est une des personnalités les plus douées que j'ai eu l'occasion de rencontrer. Elle a tant de facilités et tant de dons - la voix, le talent de comédienne et cette capacité d'investissement dans le rôle - que c'aurait pu être dangereux, mais c'est une fille extrêmement intelligente qui a un sens aigu de la responsabilité de l'artiste lyrique."

Rôle couronné de succès

La prise de rôle est couronnée de succès : aigus nets et puissants, phrasés soyeux et projection qui, dans les ensembles, permet de reconnaître chaque fois son timbre caractéristique. Il faut dire que Gillet a travaillé le rôle pendant plusieurs semaines avec son professeur pour s'y préparer.

Indispensable sans doute, car à l'enjeu intrinsèque des débuts s'ajoutait la pression d'un environnement prestigieux : Martina Serafin (la Maréchale), Sophie Koch (Octavian) et Kurt Rydl (Ochs) sont, eux, des familiers de leurs rôles. Le tout donne un plateau de rêve où le chant est roi, mené par un chef - le Tchèque Jiri Kout - qui connaît, lui aussi, son "Rosenkavalier" comme sa poche, capable de ce qu'il faut de retenue pour insuffler dans sa lecture ce mélange de distance et de nostalgie qui fait le charme de l'oeuvre.

Côté scénique, les chanteurs n'ont par contre pas trop de difficultés. Dans les beaux décors d'Ezio Frigerio, néoclassiques à souhait, ils vont et viennent comme ils semblent avoir pris l'habitude de le faire ailleurs : la mise en scène de Nicolas Joël se soucie plus d'esthétique que de sens, et la direction d'acteurs est succincte.

Mais même à ce jeu, Gillet, actrice accomplie, réussit encore à tirer son épingle du jeu, capable d'incarner par les regards et quelques gestes discrets toutes les contradictions qui animent son personnage.

Dès la saison prochaine, elle retrouvera la scène du Capitole pour la Susanna des "Noces de Figaro", puis pour une autre prise de rôle : l'Aricie de Rameau, sous la direction d'Emmanuelle Haïm. Puis, ce sera à nouveau l'Opéra-comique de Paris où elle retrouvera John Eliot Gardiner, cette fois pour Micaela dans "Carmen".