Musique / Festivals

Le voici donc sur ses terres, le Belge que les Français nous envient. Celui qui vend plus d’albums que Daft Punk, qui fait le buzz au "Grand Journal", aura bientôt sa statue au musée Grévin, s’attire les éloges de Juliette Gréco, de Louis Chedid et du "New York Times". Celui dont le nom et les titres de chansons sont répétés et détournés à l’envi (glissez le mot "formidable" dans une conversation, juste pour voir). Qui fait chanter petits et grands avec cet étonnant mélange de musique électro dansante et de textes tout sauf rigolos.

Après avoir démarré sa tournée dans l’Hexagone - pays où il est signé -, le Bruxellois Paul Van Haver, dit Stromae, a donc fait arrêt à l’Ancienne Belgique mercredi, avant le Trix jeudi, et trois Forest National, une Lotto Arena et deux Palais 12 en 2014. Soit, au total, davantage qu’un stade Roi Baudouin (sans compter les festivals à venir) !

Passons rapidement sur Thomas Azier qui ouvre la soirée. Le Néerlandais a de belles capacités lyriques. Mais sa dance-pop peu originale et sa prestation plus physique que musicale - à lui les déhanchements et le recoiffage, aux machines la bande-son - ne convainquent pas vraiment. Au moins, il ne portera pas ombrage à la star du jour.

Public familial

C’est dans un jeu d’ombres et de lumières, précisément, de noir et blanc, que l’artiste apparaît. D’abord en une version virtuelle et enfantine, dans un dessin animé. Ensuite sur scène, dans l’un de ses inimitables complets bermuda/nœud pap’/cardigan à motifs. Entouré de trois musiciens (une guitare et des claviers, machines et autres batteries électroniques), Stromae entre dans une AB blindée, devant un public multigénérationnel chaud comme une baraque à frites.

Le concert prend une saveur très belge et même bruxelloise. Le chanteur s’exprime en français et en néerlandais, imite les différents accents de la capitale, et salue le policier qui proposa de l’aider lors de son incursion (faussement) imbibée place Louise (voir le fameux clip de "Formidable"). Il se moque gentiment des Français qui n’ont rien compris à la "mitraillette" et aux frites, et de l’appellation "French Fries" (cela vaut bien "une manif contre ce foutage de gueule international, non ?"). On le voit venir : suivra la chanson "Moules frites". Et là, on rit moins, encore une fois, si l’on prête attention au texte : c’est de maladies sexuellement transmissibles qu’il est question. Juste avant, "C’est quand ?" évoquait le cancer, sur fond de tentacules envahissant l’écran. Belle image aussi que celle d’une armée (de danseurs) déshumanisée, dans la vidéo accompagnant "Carmen" : une chanson qui raille les réseaux sociaux.

AB + racine carrée de Stromae = fusion

Tout se tient. Tenues (dont il change trois fois), light show, vidéos et chorégraphies totalement synchros. "J’ai envie de ne rien négliger", disait Stromae à "La Libre" en septembre. De fait. La mécanique est bien huilée. Le public a parfaitement intégré la "charte graphique" et les mélodies de l’album "Racine carrée". Il démarre au quart de tour : il suffit d’un motif géométrique apparaissant en fond de scène ou de trois "beats" bien balancés pour déclencher le chant ad hoc dans la salle. Rarement on aura entendu un public chanter autant. Stromae interprète tous les titres de l’album (hormis "AVF") outre trois morceaux du premier opus "Cheese", dont le célèbre "Alors on danse".

La qualité du son est épatante. Quant à Stromae, il est aussi bon danseur, comédien (cf. également son nouveau clip "Tous les mêmes") et humoriste (il faut le voir donner sa "leçon n°26") qu’auteur et chanteur.

Stromae avec orchestre ?

C’est très bien, mais presque trop parfait finalement. Il manque un petit grain de folie dans cet univers très construit et codé. Et, pourquoi pas, de vrais cuivres et percussions africaines pour accompagner les chansons de "Racine carrée" dont l’un des intérêts - confirmation sur scène - est de proposer des rythmes et sons plus chauds et métissés que le premier album ?

En attendant, Stromae continue son ascension : il vient donc d’annoncer une second date au Palais 12 (le reste est complet) et "Racine carrée" est sextuple album de platine en Belgique (120 000 exemplaires). Où s’arrêtera-t-il ?


Concert au Palais 12 le 14/11/14 (prév. dès ce 20/12 à 11h). www.livenation.be