Esperanzah ! évolue sans se renier

Pascal De Gendt Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Dimanche soir, le hip hop de Youssoupha, le reggae de Groundation et l'electro-hippie de Crystal Fighters devaient encore secouer Esperanzah ! avant que le festival ne ferme ses grilles pour une année. Trois artistes qui témoignent de la volonté des organisateurs d'ouvrir musicalement l'événement. Une nécessité, vu la petite claque budgétaire prise l'année dernière lorsque les prévisions d'assistance n'ont pas été rencontrées.

Septante-cinq pourcent des revenus du festival provenant, en effet, des entrées payantes, Esperanzah ! doit faire le plein tout en préservant sa volonté de ne pas dépasser une certaine limite afin de garder un bon confort pour le public. Les 35 000 festivaliers en trois jours sont, à cet effet, une limite difficilement dépassable. Echaudée, la direction d'Esperanzah ! a cette fois confectionné un budget sur la base de 20 000 entrées. Cela diminue mécaniquement l'enveloppe consacrée aux artistes. Mais, heureusement, pas la qualité de ceux-ci.

On peut donc parler de pari réussi pour cette 11e édition. A plusieurs niveaux d'ailleurs : vu le nombre de personnes de plus de 50 ans et d'enfants en bas âge croisés ce week-end à l'abbaye de Floreffe, le festival apparaît plus que jamais comme un rendez-vous pour toute la famille. Sensibilisation et conscientisation conservent une place importante sur le site (voir ci-contre), tout comme les artistes itinérants d'ailleurs. Les fondamentaux sont donc respectés.

Sur scène aussi : ce sont plutôt des concerts étiquetés “world music” qui nous ont touchés. Samedi, Staff Benda Bilili a démontré que si l'effet de surprise n'est plus là, leur musique garde son pouvoir euphorisant. A confirmer sur le deuxième album prévu à la rentrée. Quelques heures plus tard, l'orchestre algérien d'El Gusto constituait une belle tête d'affiche. Ces musiciens qui ont animé les nuits de la Casbah d'Alger pendant les années 50 avant d'être séparés par l'exil des Pieds- Noirs en 1962, nous ont émus par la joie visible qu'ils éprouvent à se retrouver ensemble sur scène après une interruption d'un demi-siècle.

Pour eux, un concert est un “gala” et ne peut être qu'organisé par une autorité publique comme en témoignent leurs rigolos remerciements “au maire de la ville qui fait beaucoup de bonnes choses pour vous”. Leur musique populaire, le chaâbi, ne se contente pas de passages virevoltants mais réserve aussi des plages plus méditatives et spirituelles.

Dimanche, le Cubain Roberto Fonseca a, pour sa part, démontré que des artistes plus exigeants pour les oreilles peuvent également remporter un beau succès. Sous la pluie, des milliers de spectateurs ont pu goûter à son virtuose jeu de piano, ligne directrice d'un ethno-jazz moderne. Une musique qui d'ordinaire n'est programmée que par les Palais des Beaux-Arts ou les festivals de jazz. C'est aussi ça, la lutte pour l'accès à la culture.

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