Esperanzah ! fait la différence

P.D.G. Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Dans l’été festivalier, Esperanzah ! est toujours une sorte de pause. Une autre manière de vivre un rassemblement musical. Bête exemple : chaque personne qui vous bouscule s’excuse. Plus révélateur : pas de Coca ou autres dérivés au bar mais bières et jus de fruits produits localement sont à la carte. C’est que le festival ne se contente pas de promouvoir de beaux principes, il essaye d’y coller au plus près dans les actes. Quand le directeur de l’évènement, Jean-Yves Laffineur, nous explique donc que " Esperanzah ! n’est pas un évènement passéiste, il a les deux pieds bien plantés dans son époque ", on le croit volontiers.

Pas strictement "world music", la ligne de programmation est plutôt du style "des artistes d’aujourd’hui qui s’inspirent des traditions". La preuve avec la Tunisienne Emel Mathlouti qui étrenne la scène principale. Toujours aussi belle, soit dit en passant, avec comme fond un voile transparent qui laisse voir un sapin et beaucoup de ciel bleu. La Tunisienne, fraîchement trentenaire, est considérée comme la voix de la révolution de jasmin. Sa chanson "Kelmti Horra" (Ma voix est libre) a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux du pays dès 2008, avant de devenir le titre de son premier album. Une mini-tournée alors qu’éclatait l’insurrection achèvera le travail et fera d’elle le porte-drapeau d’une jeunesse tunisienne ayant décidé de prendre son destin en main. Sur scène, cela donne une sorte de trip-hop arabisant, parfois proche d’une lounge music qui se la jouerait orientale.

Une autre particularité d’Esperanzah ! est de refuser la multiplication des scènes. Il n’y en a que deux et les artistes sont programmés en alternance. Idéal pour les curieux. Mais avec un revers de la médaille : on regrette parfois de s’être farci la rude montée de l’abbaye qui sépare les deux endroits. Cas de déplacement inutile : Winston McAnuff & The Bazbaz Orchestra. La réunion de l’ancien membre du Cri de la Mouche et du vieux Jamaïcain était alléchante sur papier, elle n’a rien donné de passionnant sur scène. La présence des deux sœurs de Cocorosie à l’affiche pouvait, par contre, étonner. Mais en y regardant de plus près, le spectacle - un mot plus approprié que concert dans leur cas - de Bianca et Sierra résume bien l’image du festival. Les racines traditionnelles et la mixité sont assurées à la fois par l’orchestre indien Rajasthan Roots et le chant lyrique d’une des sœurs. Pas toujours accueilli avec bienvenue tant le grand enseignement de ce concert est qu’un des principaux ingrédients du mélange - instruments tradis, beats, harpe, beatboxing assuré par Tez - est surtout l’autre voix, celle d’un enfant perturbé hésitant entre chant et rap.

Soit, la prestation de tout ce petit monde fournissait au public la première véritable étincelle de magie. Elle annonçait une soirée espérée incendiaire avec, notamment, une fin de soirée - The Heavy puis DJ Vadim - placée sous le signe du label Ninja Tune.

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