Musique / Festivals

Une humeur de Nicolas Capart...

Quelle ne fut pas notre surprise lorsque nous découvrions cette semaine l'existence d'une pétition – et surtout des quelques 25 000 signatures qu'elle comptabilise – à l'encontre du Français Orelsan ? S'il fut souvent cible de boulets rouges en raison de textes passés, le MC caennais semblait absout de ses punchlines-péchés et totalement validé depuis la sortie de "La Fête est finie", troisième album fort bien écrit que d'aucuns qualifieront facilement "d’œuvre de maturité" .

Oui, Aurélien Cotentin de son vrai nom a fait une bonne année, et publié en 2017 la meilleure plaque de sa décennie de carrière. Un disque très justement auréolé de trois Victoires, lors de la récente remise de gommettes de l'industrie musicale hexagonale. La prestation live d'Orelsan durant cette 33e cérémonie fut d'ailleurs, elle aussi, des plus remarquées et allègrement relayées sur les réseaux. Une belle claque télévisuelle, simple et basique , qui soudain offrait une cure de jouvence à un événement souvent poussiéreux et venait balayer des années de mortel ennui cathodique.


Mais alors, pourquoi une certaine Céline Steinlaender tient-elle si ardemment à retirer ses trois trophées au rappeur (Meilleur artiste, Meilleur album de musiques urbaines et Meilleur clip) ? Car c'est bien l'objet de ladite pétition mise en ligne (sur www.change.org ) par cette dame visiblement des plus courroucées, qui entend de la sorte conscientiser la Ministre de la Culture française Françoise Nyssen et l'enjoindre à sanctionner. Mais quel est donc l'objet de tant de vindicte, la chose incriminée qui justifierait qu'on dépouille Orel de ses lauriers ?

Voici l'argument, reproduit ici à la virgule : " Outre le fait que d'autres artistes auraient mérité une récompense, alors qu' Orelsan en reçoit 3, ce qui est beaucoup plus grave, et n'est pas acceptable, ce sont certains propos lus et entendus dans ses ' chansons ' . Et ce n'est pas parce que certaines choses remontent à 10 ans que nous devons tout oublier. "  Juste en-dessous de cette intro, on retrouve le texte par lequel arriva le scandale, les mots crus et parfois maladroits du morceau "St-Valentin", qui collent aux baskets d'Aurélien Cotentin depuis qu'ils résonnèrent la première fois dans son micro… en 2006.

Avant de décider d’y apposer ou non son nom, le signataire potentiel de la pétition peut encore lire cette ultime exhortation : " Mais quel exemple est-ce pour les jeunes ? Nous appelons tous les mouvements défendant les droits des femmes, et toutes les associations des droits de l'homme, à s'insurger contre le résultat de cette soirée, et demandons l'annulation pure et simple des prix reçus par cet individu qui devrait être tout simplement censuré. Non à la déchéance ! Non au mépris ! Quel triste monde… "


A bien y regarder, rien de neuf n'est ici reproché à Orelsan. Aucun titre de son dernier album "La Fête est finie" – celui qui lui vaut aujourd'hui ses Victoires – n'est pointé du doigt, pas un argument du censeur ne trouve ses racines dans des faits présents. A ce prix-là, pourquoi ne pas censurer le front de Zinédine Zidane – voire le forcer à porter un casque en permanence – pour son coup de tête à Materazzi cette même année 2006 ? Pourquoi ne pas renvoyer sans raison en prison les délinquants fraîchement libérés pour leurs méfaits commis il y a une décennie ? Ou continuer à en vouloir à Robert De Niro pour la saga "Mon Beau-père et moi"… Où sont la miséricorde, le droit au pardon et l'absolution ? 

Après l'indignation provoquée chez nous par la nomination du rappeur controversé Damso comme ambassadeur des Diables Rouges, voilà que la bien-pensance reprend du poil de la bête (populaire) en France. Sans doute bien inspiré, le grand méchant Orelsan n'a pas tenu à s'exprimer sur l'affaire et la création de cette pétition. Plusieurs contre-pétitions pour le soutenir ont néanmoins vu le jour. En décembre, nous l'interrogions déjà sur le sujet et ces affaires passées qui continuent à le poursuivre au fil des années. Lui demandions s'il gardait du ressentiment par rapport au tollé qu’avait provoqué à l’époque le titre "Sale Pute", et s'il pensait qu'aujourd’hui ce genre de discours serait mieux passé.

Voici, en guise de conclusion, ce que l'homme nous avait répliqué : " J’ai pas trop envie de me comparer aux autres, les temps changent, et tant mieux finalement. Ce qui s’est passé à l’époque, c’est que des paroles ont été sorties de leur contexte, et donc mal interprétées. On pourrait encore le faire avec certains couplets de mon nouvel album d’ailleurs. C’est de l’art, il n’y a pas d’échelle, aucune raison qu’on puisse le faire dans un film et pas en musique. La série "Game of Thrones" est plus hardcore que tous les rappeurs réunis […] C’est pour ça que j’ai gagné tous mes procès. Les vrais savent que c’est faux. "