Musique / Festivals

Samedi soir le verdict est tombé. Devançant les non-moins talentueux Glass Museum, le groupe Wuman était sacré grand vainqueur par les septante professionnels du jury du Concours Circuit. L'un des tremplins institutionnels majeurs à l'horizon de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui depuis deux décennies a révélé bien des artistes comme Sharko, Hollywood Porn Stars, The K., Billions of Comrades ou plus récemment le duo folk-rock Alaska Gold Rush.

Sept à la maison

Une victoire que l'on espérait tant "Portraits", premier chapitre de la discographie de Wuman sorti mi-octobre, nous a conquis. Et tant ceux qui ont pu les voir s'exprimer sur scène clament en être sortis séduits (récemment lors de l'une de leurs encore trop rares prestations à l'Atelier 210 notamment). "On est quatre sur scène mais, dans Wuman, il y a six personnes, précise Marin Lambert, voix principale du combo. Quatre musiciens donc, et deux 'techniciens' extrêmement importants. Un ingénieur pour le son et un autre qui gère les projections. C'est un VJ en fait, et cet aspect est partie intégrante du projet. Reynier et moi sommes au clavier et au chant. Nicolas(Mouquet) à la guitare, Thomas (Moutier) à la batterie, Louis (Goessens) au son, Valentin (Duelz) à la vidéo... Et on oublie souvent de citer Tommy Desmet pour le mix, qui reste un vrai magicien".

Une équipée assez jeune (qui prenait la pose ci-contre, avec la chanteuse Julia Minkin / crédits : Barthélémy Decobecq) et bien occupée par ailleurs. "On a tous plus ou moins 25 ans nous explique Reynier de Palluel. Je suis en architecture d'intérieur à la Cambre, Nico travaille dans la publicité, Thomas étudie pour devenir prof… Et Marin de compléter : "Et moi j'ai fait communication et je me suis spécialisé dans le milieu musical, en bossant en maison de disques." C'est du côté de Tournai, dont tous les membres de Wuman sont originaires, que les premières expériences musicales et la rencontre de tout ce petit monde se fera. "On avait tous déjà des groupes à l'époque, se souvient Reynier. Avec Nico, on vient de Perils of Penelope, Marin jouait dans Cova10, Thomas avait un projet électro avec notre ingé-son…" Marin confirme : "Chacun est venu avec un bagage et on a tout mis sur la table. Du côté de Nico et Reynier, il a plutôt des influences math-rock (Battles, Foals, etc.) ou post-rock (Explosions in the Sky, Mogwai, etc). Moi je faisais du dub et du reggae, donc j'ai amené ce genre d'éléments, plus planants – ce côté solaire aussi peut-être. Thomas, lui, écoute de la musique électronique, comme Bonobo, des trucs qui groovent aussi, et fait des études de jazz."


De ce mélange est né une pop chatoyante, hédoniste et euphorisante, à la fois psyché et tribale, calculée mais animale. On songe à Vampire Weekend pour l'emploi des guitares tropicales, à Animal Collective côté chant (cf. "Sara", prochain single en puissance) ou rythmiques hypnotiques, aux cousins bruxellois de BRNS pour les ambiances (cf. "Alice") et les arrangements (cf. "Julia", imparable et tout juste entré en playlist sur Pure FM). Wuman se dit inspiré par Battles bien sûr, mais sans force ou démonstration, et toujours une mélodie qui guide et structure. Enfin, ils citent Hans Zimmer pour la compo (cf. le morceau "Rose", exclu du live), bien qu'on puisse y voir aussi un lien avec la dimension cinématographique des morceaux de Wuman et l'importance des visuels pour le groupe. "A l'époque du cinéma muet, un pianiste jouait en live les parties musicales en regardant les images défiler. On se reconnaît bien dans cette comparaison. Mais on compose la bande-son d'un personnage."

Si vous êtes comme ci...

Le groupe est né pour le tremplin du Dour Festival (photo ci-contre), peu avant l'été 2015. Et le mini-album "Portraits" est sorti mi-octobre 2016. Six croquis musicaux de femmes pour un peu plus d'une demi-heure de plaisir aérien. Wuman aurait du s'appeler MadaM. Mais c'était déjà pris. C'est sans doute pas plus mal. Entre ces deux avatars et au beau milieu d'une soirée arrosée a germé l'idée d'écrire des morceaux dont chaque titre serait un prénom féminin. Plus tard, l'idée de filmer ces héroïnes est venue se greffer. Et aujourd'hui, sur ce thème, le projet continue d'évoluer.

S'ils créaient jusqu'à présent ces demoiselles, les prochaines femmes dépeintes pourraient être bien réelles. "Julia (où se pose en guest la voix de Julia Minkin, ndlR.) et Jeanne ont amorcés cette envie. On va poursuivre sur cette voie en tout cas, elle peut encore être décliné de bien des manières. En faisant appel à un plasticien plutôt qu'à un cinéaste par exemple. Et là, on se verrait bien partir en immersion au sein d'un groupe de femmes, une équipe féminine de sport, une chorale, un collectif que l'on suivrait et dont on dresserait des portraits en musique. En faire un documentaire, un album-concept… " Envie d'emmener ces charmants garçons en balade? Avis aux amatrices.


En concert gratuit ce jeudi, 21h, au Bar du Matin, le 25/1 lors des Fifty Fifty Sessions, le 28/1 à la Fnac Toison D’Or et le 2/2 à Propulse (Botanique).