Musique / Festivals Casting de rêve, sous la direction électrisante de Christophe Rousset.

L’Opéra royal de Wallonie enchaîne les succès, en variant le ton; car si "Le Domino noir" d’Auber, découverte absolue pour nombre de spectateurs, bénéficia (en tout cas) de l’effet de surprise, il en va tout autrement pour l’emblématique "Nozze di Figaro" de Mozart, auquel il s’agissait cette fois d’apporter une lecture nouvelle et pertinente.

Ce renouvellement viendra de la musique elle-même, confiée à Christophe Rousset, un musicien visionnaire en la matière, qui s’en donna cœur joie, autant à la tête de l’orchestre de la maison - galvanisé et, pour tout dire, méconnaissable -, qu’au pianoforte accompagnant les récitatifs. Dès l’ouverture, le chef annonça la tendance, avec un tempo extrêmement rapide, suivi par un orchestre au taquet. Le dramatisme sera celui de l’urgence, de l’inquiétude, de l’imbroglio, et non de l’effusion des sentiments, à l’exception notoire des deux airs de la comtesse, sublimes respirations au milieu de toute cette agitation. Il fallut donc attendre l’air de Susanna et la bouleversante scène de reconnaissance finale pour qu’enfin s’épanouissent pleinement les résonances des voix, des instruments et des cœurs.

Lumineuse Jodie Devos

A l’autre bout de la galaxie, l’Espagnol Emilio Sagi avait imaginé pour cette folle journée sévillane un décor somptueux, fidèle aux didascalies d’origine - chambre des domestiques, chambre de la comtesse, grand salon, jardin, baignés de lumières tour à tour mordorées ou nocturnes - et des costumes tout aussi magnifiques (Gabriela Salaverri), sur lesquels plane le souvenir de Goya. Des déplacements soignés, une jolie chorégraphie au 3e acte (Nurio Casteljon), un traitement habile des chœurs, mais une direction d’acteur qui aurait pu aller beaucoup plus loin, surtout avec la présente distribution. Laquelle, au cœur de ce dispositif vaguement dichotomique, se chargea d’établir la liaison entre les deux têtes du Janus, chacun semblant nourrir l’action de son propre tempérament.

En comtesse, la soprano hollandaise Judith Van Wanroij est souveraine de classe et de maîtrise, voix chaude, aigus suspendus et lumineux, équilibre touchant entre passion et retenue, et, somme toute, assez ouverte aux avances de Raffaela Milanesi, Cherubino très musical, plus gracieux qu’ambigu, campé comme sortant à peine de l’enfance. Tout à l’opposé du comte puissant et athlétique de Mario Cassi, belle allure et belle voix mais en méforme le soir de la première et manquant de mordant. Du côté du jeune couple de domestiques, on est à la fête : en Figaro, le jeune Croate Leon Kosavic - soliste de la Chapelle musicale - fait valoir un timbre riche, brillant, magnifiquement projeté sur toute la tessiture, et servi par un naturel confondant; et notre compatriote Jodie Devos est la plus enthousiasmante des Susanna, illuminant l’opéra tout entier par la pureté et la puissance de sa voix, son extraordinaire présence et son engagement. Avec encore Julien Véronèse (Bartolo), Julie Mossay (Barbarina) et Alexise Yerna (Marcellina) ainsi que Enrico Casari, Patrick Delcour et Stefano de Rosa.

 Liège, Opéra royal de Wallonie, jusqu’au 14 avril. Infos : 04.221.47.22 ou www.operaliege.be.