Musique / Festivals

Reprise de la prodigieuse production de McBurney, avec Pichon et ses troupes.

On aurait pu titrer : "Voir 'Die Zauberflöte' et mourir' tant est belle et forte cette production du dernier opéra de Mozart, et son legs le plus précieux.

Car c’en est fini ici de l’italien, de la cour et des prestigieux commanditaires. On est dans un théâtre de banlieue de Vienne, dédié au divertissement populaire, où ça parle et ça rit autant que ça chante, en allemand bien sûr, et où se glissent les idéaux de cette Maçonnerie universelle, généreuse et utopique qui liait Mozart et son frère de loge Schickaneder - à la fois patron du théâtre, auteur du livret et créateur du rôle de Papageno.

Et c’est le miracle de la mise en scène de Simon McBurney (créée à Aix en 2014) que de présenter tout cela avec clarté, drôlerie et puissance, dans des formes mêlant le caractère dépouillé, voire artisanal, du théâtre de tréteaux - plateau brut (mais mobile), pas d’accessoires (sauf les attributs de Papageno et son escabelle métallique) et réalisation directe des effets visuels (côté jardin) et des bruitages (côté cour), dans des cabines latérales visibles du public -, une esthétique rude, noire, très BD contemporaine, et une direction d’acteur sensible et millimétrée. A quoi s’ajoute, sommet de poésie, le vol des oiseaux complices : de simples feuilles de papier blanc, manipulées par une douzaine de comédiens dédiés.

© Pascal Victor/ArtComArt

La musique, à la fois chemin et but

L’orchestre, placé très haut par rapport au plateau, est intimement associé à la quête des jeunes-gens, n’hésitant pas à envoyer ses propres solistes – flûtiste et carillonneur magique (sauf lorsque celui-ci est en pause café, mais Papageno se débrouillera) – au secours des futurs initiés. Et comme il était impossible, dans cet élan d’amour universel, de renvoyer la Reine de la nuit (une vielle harpie en chaise roulante) dans les ténèbres, Sarastro lui tendra une main réconciliatrice avant l’éclatant chœur final (clin d’œil à la IXe de Béjart).

Après l’Orchestre de Paris, en 2014, c’est le Chœur et l’Orchestre de Pygmalion qui se produisent cette année, dirigés par leur fondateur, Raphael Pichon. Ce dernier, qui se mesure pour la première fois à Mozart, y atteste avec ses musiciens une liberté, une ferveur et un sens dramatique très observables depuis la salle, toujours en phase avec l’action menée sur le plateau et, le moment venu, traçant la musique en lettres de feu dans le cadre porteur que lui offre son partenaire McBurney.

Avec Mari Eriksmoen, Stanislas de Barbeyrac, Thomas Oliemans, Kathryn Lewek et Dimitri Ivaschenko, au sein d’une magnifique distribution.


Plus d'informations

>>> Grand Théâtre de Provence, jusqu’au 24 juillet. www.festival-aix.com

© Pascal Victor/ArtComArt