Musique / Festivals

Le public, venu nombreux jeudi à La Monnaie, ne s’y est pas trompé : le concert donné par Marc Soustrot à la tête de l’orchestre de la maison, avec Maesha Brueggergossman en invitée vedette, fut un moment d’exception. D’abord parce qu’il associait trois grands compositeurs français de la fin du XIXe siècle, pris à des stades très différents de leur œuvre : Gabriel Fauré, dans la suite de "Pelléas et Mélisande" (1898), Ernest Chausson, dans son "Poème de l’amour et de la mer" (1890) et Claude Debussy dans la cantate qui, en 1884, lui valut le Prix de Rome : "L’Enfant prodigue" (non dénué de qualités mais pompier grave, surtout vers la fin). Ensuite parce qu’il était dirigé par le Français Marc Soustrot, bien connu en Belgique mais dans une fonction marginale (il accompagna régulièrement la finale du Concours Reine Elisabeth de chant) : ce fut l’occasion de découvrir son talent de symphoniste, en particulier dans la suite de Fauré. Enfin parce que que le concert signait les débuts à La Monnaie d’une soprano irrésistible, déjà entendue au Bozar (et dans "Surprise", son inclassable CD), la Canadienne Maesha Brueggergosman, seule dans Chausson, entourée du ténor américain Andrew Richard (qui fut Werther, version ténor, en 2007) et du baryton-basse belge Werner Van Mechelen dans Debussy.

On peut encore ajouter que le concert bénéficiait du décor de "Sémélé" - le temple bouddhiste ramené de Chine par Zhang Huan - et de quelques lumières choisies, que l’acoustique en était comme magnifiée et l’écoute du public itou.

Tout ne fut pourtant pas parfait : même dans "Pelléas" - phrasés subtils, couleurs transparentes, émotion à fleur d’archet -, la célèbre Sicilienne nous sembla plus valse que sicilienne, plus "allegretto" que "molto moderato".

Dans Chausson, la soprano (chantant pieds nus ) eut quelques difficultés à instaurer le "Calme" (premier mouvement), mais on put d’emblée apprécier la richesse de son timbre, sa musicalité raffinée et sa diction parfaite ; la voix n’est pas grande, Soustrot la couvrit plus d’une fois, les bois étaient un peu criards, mais rien n’aurait pu faire barrage au rayonnement de la jeune artiste. Et dans cet "Enfant prodigue", accouché dans la douleur par le jeune Debussy, c’est évidemment le premier air de Lia, "L’année, en vain ", qui domina la série (ce qui, à l’époque, énervait déjà l’auteur ), Richards campant un Azaël assuré mais froid, et Van Mechelen, en grande forme vocale, un Siméon proche et bourru.