Musique / Festivals

Après une entrée en matière plus qu’honorable (lire ci-dessous), les Francos ont accueilli leur première et principale tête d’affiche relativement tôt, vendredi soir. Plutôt habitués aux plaisirs de la table, à cette heure-là, les Spadois ont fait une exception pour célébrer les 40 ans de carrière de l’un des conteurs les plus célèbres du Lot-et-Garonne, l’ami des romantiques, Francis Cabrel.

© Alexis Haulot

Fait notoire, le chanteur français ne quitte pratiquement pas l’hexagone pour cette tournée, et offre même sa seule date belge au festival. Vers 19h30h, la scène « Pierre Rapsat » est donc légitimement bondée ! « Il n’y a pas assez d’espace sur le nouveau site pour des artistes comme Cabrel » regrettent quelques festivaliers, et il est vrai qu’une bonne demi-heure avant son arrivée, il est déjà pratiquement impossible de trouver une place avec une vue directe sur la scène.

L’homme simple

Sobre dans le style comme la scénographie, l’homme à la « Sarbacane » fait une entrée triomphale… en douceur. Armé de sa guitare et de sa voix, il interprète tranquillement ses plus grands titres (« In Extremis », « Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai »,…), varie légèrement les styles et laisse à ses trois choristes, le soin de donner un peu d’ampleur à ses textes d’une beauté simple.

Le public ne bouge pas mais semble plongé dans la langueur du sud-ouest à l’heure de la sieste. Francis est bon, simple et fort d’une belle âme, mais il manque peut-être ce poil d’explosivité qui aurait pu faire entrer sa prestation dans une autre dimension. Les fans sont ravis, les « spectateurs neutres » comme on dit, auraient sans doute pu espérer plus.

Sonnfjord, reine de la nuit

Affamés, nous filons vers l’autre incontournable des Francos : « Chez Cochonou », institution du festival qui découpe autant de jambonneaux en une soirée qu’un éleveur de cochons en une année. Grillées et désossées, les pauvres bêtes sont généreusement fourrées dans des pains à pitta joyeusement aspergés de « sauce maison ».

© Alexis Haulot

Le pas lourd, nous filons ensuite vers la bucolique « Sabam For Culture » où Sonnfjord s’apprête tout juste à faire son entrée. Située tout au fond du parc, la scène offre un contraste appréciable avec sa grande sœur. Moins massive, plus personnelle, elle exploite parfaitement le contexte verdoyant pour insuffler une belle poésie au groupe. Avec tout juste deux EP au compteur, on se demandait un peu si les Brainois tiendraient la distance. Maria-Laetitia Mattern et son frérot Aurélio nous rassurent d’emblée et distillent avec une candeur touchante, leur électro-pop onirique et doucement dansante.

Jérome fait son raid aérien

Lui n’est pas vraiment candide, ni dansant. Après avoir tué « Jéronimo », Jérome Mardaga est de retour en solo avec l’excellent « Raid aérien », album sombre, torturé, très rock’n’roll et moyennement accessible. On redoute un temps qu’il n’attire qu’une poignée d’âmes errantes, mais le bout de terrain qui s’étend devant la scène Trace est honorablement garni à 22h45.

© Alexis Haulot

Discret, Jérome est à peine visible, devant l’écran qui diffuse des séries de mots frénétiques ou de longs clips en noir et blanc. Lui, s’octroie la guitare brute et distordue, un batteur et un bassiste plus qu’honorables l’entourent, et tous trois lâchent musicalement leurs nerfs face à une audience déconcertée, mais trop heureuse d’entendre un son plus lourd. On est dans la noirceur, les basses lourdes, avec un poil de New Wave. Dommage que les textes de Jérome desservent parfois l’ensemble et que ses enchaînements parlés soient un rien répétitifs.