Françoise Hardy, triste mais pas aigrie

Nicolas Capart Publié le - Mis à jour le

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Musique / Festivals

Début avril, sortait un nouvel album de Françoise Hardy, "Personne d'autre". Un titre qui résonne d'une autre manière après ses confessions sur les ondes de RMC, où elle confiait récemment être "toujours mariée à Jacques Dutronc" même si celui-ci "vit avec une autre femme…" Ses dernières années, en effet, la chanteuse a bien souvent défrayé la chronique pour des raisons extra-musicales. Dans le désordre : ses problèmes gastriques, ses médecins, ses psys, ses charlatans, ses boules de cristal, ses essais d'astrologie, ses peines, ses interrogations et ses tourments… A mesure qu'avancent les années, Françoise Hardy mâche de moins en moins ses mots, flingue à vue, et ne filtre quasiment pas sa façon de pensée. Ce qui, par contre, est plutôt une bonne chose dans un monde médiatique toujours plus consensuel et aseptisé.

Côté texte, si elle tient toujours la plume, Françoise Hardy ne l'a jamais employée à la manière d'un boute-en-train. Et c'est souvent la musique qui fit, d'un disque à l'autre, la différence de ton. A 74 printemps, elle signe le vingt-huitième de sa carrière et ce dernier ne fait pas l'exception. Il est ici encore question de doutes, d'anxiété, de tourbillons de l'amour, de nostalgie plus que consommée… A l'instar d'Alain Chamfort – chantre de la même génération qui vient peut-être de publier son petit dernier intitulé "Le Désordre des Choses" – , elle dit avoir eu envie de parler "de choses en rapport avec mon âge". Mais là où le dandy apparaît aujourd'hui serein face au temps qui passe, Françoise Hardy semble avoir le cœur un chouia plus lourd et la tristesse qui coule de ses mélodies… Celles-là sont simples, tissées d'instrumentations dépouillées, faites d'un fil de piano, de quelques cordes pincées et à l'envi de discrètes percussions. Dans le morceau-générique, Hardy nous dit "ma mémoire se brouille un peu, elle invente, me prend en traître " avant d'évoquer "les coups mortels, les regrets éternels..."

Plusieurs noms sont alignés rayon composition. Pascal Daniel d'abord, qui signe la chanson précitée , peut-être la plus belle de cet album dont elle porte le nom. Si la candeur n'est plus, la douceur, elle, est toujours là, mais c'est un peu moins le cas de la voix… Cela se sent particulièrement sur les trois titres – "A cache-cache", "Train Spécial", "Un seul geste" – du très demandé Erick Benzi (Jean-Jacques Goldman, Céline Dion, etc.), sertis d'effets de voix et jouant la carte moderne qui, à nos oreilles, ne passe pas. Françoise Hardy retrouve aussi Thierry Stremler – déjà complice des albums "Tant de belles choses", "La Pluie sans parapluie" et "L'Amour fou" – sur plusieurs pistes dont ces "Trois Petits Tours" légers et sifflotés. Enfin, la jeune chanteuse Amandine Maissiat tissa la trame du très joli "Quel Dommage" .

Restent quatre morceaux à avoir échappé à la plume de l'auteure-interprète. Il y a d'abord "Le Large" (ci-dessus), écrit et composé par La Grande Sophie, qui ne nous fait point grand effet. Puis "You're My Home" (ci-dessous), aux bons soins de Yael Naim et de son partenaire David Donatien, une chansonnette en anglais sans le moindre intérêt. Et, enfin deux reprises : "Dors Mon Ange", adaptation de "Sleep" sorti en 2005 par le groupe finlandais Poets of the Fall ; et "Seras-tu là ?" de Michel Berger, toujours aussi épidermique plus de quatre décennies après que l'encre ait séchée.




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