Musique / Festivals

Autant prévenir tout de suite, ce constat risque de mettre un petit coup de vieux à la plupart des fans du rappeur masqué… Fuzati va sur ses 40 ans. Né Romain Goehrs le jour de l’Armistice 1978, le Versaillais s’apprête à pousser les portes du merveilleux royaume des quadrats. Successivement étudiant en droit (de la communication) puis pigiste dans la presse magazine, le jeune homme finit par s’essayer au rap – pour notre plus grand plaisir – et s’inspirait du nom du peintre et écrivain italien Dino Buzzati pour choisir son blaze. Juste avant le bug de l’an 2000, dans la foulée des premiers couplets balbutiés, Fuzati créait le Klub des Loosers, dont il est en définitive le seul affilié. Dans l’ombre, Orgasmic (qui finira par bifurquer vers TTC) et DJ Detect s’appliquent à mettre en son sa logorrhée.

Dans les couloirs d’un rap hexagonal alors en pleine mutation, Fuzati fait figure d’ovni et son Klub de lointaine galaxie. En trois albums et deux décennies, il passe d’ado frustré à jeune homme désabusé, puis à adulte aigri. Côté forme, il déverse un flow fleuve, sorte de Fauve hip hop avant l’heure, le côté tête-à-claques en moins et l’humour en plus. Sur le fond, on est dans le sarcasme, l’ironie, le mal-être, l’égo-trip d’antihéros, l’autodérision. Son unique tweet depuis son arrivée en 2010 sur le réseau social, “Allez plutôt lire des livres” , permet d’appréhender plus avant la psyché de l’animal.


Déprimé mais très occupé

En 20 ans, le Français s’est diversifié. On se souvient de ses frasques dans les rangs de L’Atelier – aux côtés de Teki Latex (TTC), Cyanure (ATK), James Delleck (Gravité Zéro) et de la paire Para One/Tacteel à la production – dont l’unique album, “Buffet des Anciens Elèves” publié en 2003, demeure un classique délectable. L’année suivante sortait sa première plaque en solitaire, “Vive la Vie”, bardé de l’incroyable “Baise les Gens” où il confesse sa misanthropie et clame son désamour du genre humain, mais aussi de "Sous le Signe du V", coproduit par JB Dunckel (Air).


Plus tard, Fuzati s’ébroue à nouveau en équipe. Il retrouve ses complices récurrents, Cyanure, Fredy K et DJ Detect, la clique Gravité Zéro et Gérard Baste de Svinkels au sein du Klub des 7, pour un retour sur les bancs de l’école décapant. Le projet aboutira à deux disques, en 2006 et 2009. Arrive alors “La Fin de l’Espèce” (2012), deuxième LP d’un Klub des Loosers toujours aussi remonté. On y découvre “L’Indien”, génial morceau qui dépeint avec (im)pertinence et piquant l’abominable monde du travail. Toute ressemblance avec la réalité n’est aucunement fortuite.


Chat (très) perché

S’il l’avait déjà fait, avec la compilation “Spring Tales” notamment, Fuzati raccroche le micro le temps d’un disque instrumental, “Last Days”, entamé en 2006 et accouché dans la douleur en 2013. “Cet album est un de ceux qui m’est le plus cher, confiait-il alors, car il est largement inspiré de ma propre vie.” Enfin, citons encore la plaque “Grand Siècle”, en tandem avec Orgasmic, où les deux complices des prémices du Klub se réconciliaient en musique (2014).

Nous voilà arrivés à ce troisième chapitre des plus attendus, “Le Chat et autres histoires”, atterri dans les bacs fin 2017. Un amour pour les matous qu’exprimait déjà Fuzati en 2009, au fil du morceau “Chacun cherche son chat”, et qu’il célèbre aujourd’hui sur la longueur d’un disque. Point de sample à l’horizon, car le roi des Loosers a décidé cette fois de tout composer lui-même, et de jouer entièrement la chose sur de vieilles machines. Cela donne un disque traversé d’une pop aux atours 70’s, mis en musique par Jérémie Orsel (du groupe rock Dorian Pimpernel) et Xavier Boyer (de la formation pop Tahiti 80). La plume est toujours acerbe et inspirée, à l’instar des premiers mots de l’intro “Préface” : “On a tous une histoire à dire, souvent elle n’intéresse personne”. Nous irons malgré tout en goûter le récit au Botanique samedi.



> En concert au Bota ce samedi 20/01. Infos: www.botanique.be