Musique / Festivals

Robe moulante en imitation léopard et démarche chaloupée, brushing et maquillage de vedette de série TV américaine, Angela Gheorghiu avait mis tous les atouts de son côté ce mardi pour séduire une grande salle du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles pleine à craquer et, à dire vrai, conquise d'avance. A ses côtés, l'Orchestre de la Radio flamande en grand effectif dirigé non sans élégance par Yoel Levi: une phalange qui ne se limitera pas au simple accompagnement mais jouera aussi les utilités en assurant seule, et de façon un peu routinière, une bonne moitié de la soirée par de longues transitions instrumentales. Transitions tour à tour bienvenues (ouvertures «Leonore III» et «La forza del destino»), divertissantes («La danse des heures» de Ponchielli) ou franchement dispensables (l'interminable et peu inspirée musique de ballet du «Faust» de Gounod), entre lesquelles les airs chantés par la belle semblèrent parfois fort courts.

Folie dans la salle

Le KlaraFestival, fier d'inscrire ce récital dans sa thématique générale, avait annoncé que la soprano roumaine chanterait des scènes de folie du grand répertoire italien. Le programme précis restait à déterminer et, à dire vrai, en fut fort loin. Madame Gheorghiu est sans doute une diva à laquelle il ne convient pas de demander de s'inscrire dans une thématique, mais que l'on doit accueillir à bras ouverts quoi qu'elle chante.

Foin donc de Lucia di Lammermoor ou d'Amina, mais on eut du baroque (un douteux arrangement pour trompette et clavecin du Caro mio ben de Giordani et un Lascia ch'io pianga de Haendel chanté comme un grand air romantique), de l'opéra français à la direction perfectible (Adieu notre petite table de «Manon», et le castafioresque air des bijoux de «Faust») et du grand répertoire italien qui, s'il n'était pas de folie, la suscita dans la salle : Io son l'umile ancella de «Adriana Lecouvreur», Stridono lassu de «Pagliacci», O mio babbino caro de «Gianni Schicchi» et Pace pace de «La forza del destino».

Tous airs convenant parfaitement à sa voix et à son style, qu'elle chanta puissamment, n'hésitant pas à allonger plus que de besoin certaines tenues et terminant presque invariablement chaque air en accompagnant l'ultime aigu d'un théâtralissime bras tendu en l'air. Aigus superbes, d'ailleurs, bien timbrés et fièrement projetés, graves gouleyant quand il le faut, le médium semblant par contre un peu éteint et certaines failles de respiration éclipsant une partie du discours. Les nuances ne sont pas le souci premier d'Angela Gheorghiu, mais quel organe!

Plus de voix que de style en fin de compte, ce que confirma un choix de rappels plus hasardeux: pourquoi en effet faire suivre le bel Addio del passato de «La Traviata», superbement donné, d'une chansonnette napolitaine que certes, Gigli chanta aussi (Non ti scordar di me) et surtout, nationalisme louable dans ses intentions, mais ruineux dans sa concrétisation, d'une mélodie roumaine banalement harmonisée au piano, aux cordes sirupeuses et à la batterie (!)?

© La Libre Belgique 2004