Musique / Festivals
Les amoureux de la vadrouille ont toujours adoré les carnets de voyage. Les plus subtils gardent leurs notes pour eux. D'autres s'improvisent photographes professionnels, et beaucoup de baroudeurs modernes abreuvent leurs amis virtuels de photos de bouffe ou de couchers de soleil.

Quand on a un talent inné en revanche, la capacité d'aller au-delà du cliché pour transmettre une émotion, on entre dans une tout autre dimension. L'auteur sort de l'égocentrisme le plus commun pour offrir à quiconque le lit, le regarde ou l'écoute, une escapade personnalisée.

Kérouac l'a fait sur un interminable rouleau de papier, Damon Albarn sur un ordi.


Tout au long de la tournée américaine de Gorillaz qui a suivi la sortie de l'album "Humanz", en 2017, le maître à penser de la bande a composé. Libre et inspiré, il s'est installé sur le toit de ses hôtels avec son Mac et Garage Band (programme d'enregistrement), pour mettre en musique son ressenti. "Humanz" était foisonnant, agité et bourré d'invités. "The Now Now" se situe, lui, à l'opposé. Son auteur s'est détaché de toute contrainte pour mieux se livrer, et sortir onze titres simples et personnels, portés par son écriture et la mélancolie qui traverse l'ensemble de son œuvre.

Que les détracteurs d'Albarn ou les mélomanes que sa voix agace partent en courant: il n'y a pratiquement que Damon sur cet album, et le Britannique ouvre avec le morceau le moins convainquant du lot. Avec ses chœurs, ses couches de claviers 80's et son faux rythme, "Humility" fait craindre un effet "bis repetita". Mais "Tranz" casse tout de suite cette dynamique. Plus rapide, plus disco, sans doute composé avant d'aller prendre l'apéro, cette seconde piste est délicieusement dansante et désuète. On sent bien qu'Albarn fait joujou sur Garage Band, mais on tient une vraie petite pépite estivale qui enchaîne sans ménagement sur "Hollywood".

Damon a fini par craquer, il a invité Snoop Dogg et Jamie Principle pour le seconder. Mais contrairement à ce que l'on ressentait de temps à autre sur "Humanz", les invités servent le morceau et non l'inverse. "Hollywood" est soul, chill, et le phrasé du Snoop arrive à point nommé.

La suite n'est qu'une longue liste d'étapes routières. Quand retentissent les premiers beats de "Kansas", on imagine parfaitement la tête pensante de Gorillaz enfiler un peignoir, mettre ses pieds dans la piscine et s'allumer un pétard en observant la société du haut de son 25 ème étage. "Sorcererz" n'apporte pas grand-chose, mais ne casse pas cette jolie dynamique, et voilà qu' "Idaho" abandonne enfin les claviers.

Albarn laisse un temps les fioritures de côté pour poser sa voix sur une guitare sèche, et touche du doigt la pop la plus lumineuse qui soit. La tournée avance, les espaces défilent, et tout le monde plane jusqu'à "Souk Eye" qui vient clôturer cette escapade en beauté.


Gorillaz, "The Now Now", sorti ce vendredi 29 juin (Warner)

© D.R.