Guetta le gâté

Nicolas Capart Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Ce week-end, le disc-jockey (français) le plus connu de la planète bleue - voire de l’univers - foulera la grande scène fantasmagorique du 8e Tomorrowland pour la 3e fois d’affilée. Tant et si bien que le blondinet parisien joue désormais quasiment à domicile dans la bien nommée plaine de Boom et de son méga-festival dédié aux rythmes digitaux. Pourtant, si à l’instar de Michael Jackson, David Guetta a aujourd’hui acquis un statut de star intergalactique, force est de constater qu’il n’est pas aux platines ce que fut Bambi à la pop music. Aussi adulé de ses fans et collaborateurs que décrié par les puristes ou certains collègues, David Guetta est à la fois devenu l’artiste électronique le mieux payé du globe et une cible récurrente pour les quolibets. Le britannique "DJ Mag" le consacrait ni plus ni moins meilleur DJ du monde l’an dernier. Pour d’autres, néanmoins, le roi David demeure une imposture. Pourtant, derrière ses yeux brillants de gamin trop gâté, son sourire sensodyne et sa mèche blonde pas vraiment rebelle se cache un homme d’affaires avisé qui, tout seul, s’est réalisé. Qu’on aime ou qu’on aime pas, aujourd’hui, le Guetta en impose. Chronique d’un parcours quasi sans faute vers les étoiles.

Toute ascension réussie demande une prise d’élan. Pour le petit David, les choses sérieuses commencent donc dès l’âge de 17 ans. Né d’un père marocain restaurateur et d’une mère belge en l’hiver ‘67, il est à peine majeur lorsqu’il signe ses premiers sets dans des clubs parisiens fin ‘80. C’est d’abord le Broad, une discothèque gay des Halles de la capitale, qui offrira au jeune ambitieux ses premières gammes en tant que maître de cérémonie. C’est là que le veinard fera la première d’une longue série de rencontres qui changeront sa vie. Cette fois, en la personne de Kien, un collègue, producteur à ses heures.

Les deux acolytes écumeront les pistes de danse en tandem deux années durant, des soirées Unity au Rex au club Folies Pigalle, ancien haut-lieu de la prostitution devenu tendance sous leur impulsion. Dans l’intervalle, David Guetta voyage outre-Manche et découvre une autre culture du deejaying. La house music déferle sur Londres, où les pousseurs de disques sont starifiés et mis en avant, à l’inverse de ce qui se fait dans l’Hexagone. Le Français décide alors de renoncer à ses cachets en échange d’une maîtrise totale de son image, de sa promotion et de sa programmation. Idée de génie s’il en est. Très vite, il devient directeur artistique du Queen sur les Champs-Elysées.

Guetta voit sa cote grimper, s’offre quelques apparitions télé (la première dans "La Classe" sur France3, NdlR) et signe un titre avec le populaire Sydney, présentateur porteur de la bonne nouvelle hip hop en terres francophones. En 1994, il fait la seconde grande rencontre de sa vie : une serveuse des Bains Douches nommée Cathy. Très vite, ils se marièrent et eurent de beaux enfants (Tim Elvis et Angie, NdlR). Mais au-delà de la love story, la belle aux ongles acérés et manucurés aura une influence déterminante sur la carrière de son homme. Du Bataclan étrenné et utilisé comme tremplin pour conquérir le Palace, elle le mènera tout droit aux sièges de directeur du Pink Paradise puis des Bains Douches, de propriétaire du très branché Sweet Bar et de patron du restaurant Tanjia. En 1996, l’époux Guetta s’exporte désormais aux platines à Berlin. Plus tard, le couple lancera sa fameuse société "F*** Me I’m Famous".

Début 2002, David Guetta décide d’à nouveau suivre son instinct et risque un pari fou. Lassé des problèmes de bagarres et de toilettes bouchées, le jeune entrepreneur revend toutes les discothèques dont il est actionnaire pour se lancer comme producteur. Un nouveau tournant dans sa carrière. La même année sort son premier opus, "Just A Little More Love", servi avec son single imparable "Love Don’t Let Me Go". On y entend la voix de Chris Willis, autre compagnon important sur la route de David Guetta, dont le grain l’accompagnera au fil des albums. Mais la troisième rencontre primordiale de sa vie fut celle de Joachim Garraud, avec qui il composera à quatre mains la majorité de ses succès jusque la fin des années 2000.

Avec le temps et le succès, le Français se laisse progressivement tenter par le monde du hip hop, qui l’a toujours attiré. Son quatrième disque, sorti en 2008, marque ainsi une rupture dans sa trajectoire artistique. Il y convie des artistes rap et r’n’b américains comme Akon, Kid Cudi, Estelle ou encore Will.I.Am, leader des Black Eyed Peas dont il produira le hit inteplanétaire "I Gotta Feeling" l’année suivante. Il fera d’ailleurs du groupe l’une des plus grosses machines commerciales du music business actuel et, dès lors, transformera en or tout ce qu’il touchera des doigts. L’histoire d’un bouseux devenu roi. Le fabuleux destin du petit David Guetta.

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