Haendel - Vivaldi : match nul

Martine D. Mergeay Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Foule dense, samedi soir, au palais des Beaux-Arts où étaient attendus l'une des plus belles voix de la jeune génération féminine, celle de la Tchèque Magdalena Kozena, et un petit orchestre de plus en plus présent sur le marché "authentique", l'Orchestra Barroca di Venezia, placé sous la direction de son fondateur, Andrea Marcon.

Si la spécialité de ces derniers est la musique de Vivaldi, dont ils contribuent depuis quelques années à mettre en lumière (et sur CD) de nouveaux chefs-d'oeuvre, leur titre de gloire le plus récent est leur participation à l'enregistrement d'airs de Haendel, regroupés sous le titre de l'un d'eux, "Oh ! Mio cor...", avec Magdalena Kozena comme soliste.

C'est partiellement dans ce même répertoire qu'ils se présentaient à Bruxelles, avec deux extraits d'opéras en anglais (Theodora et Joshua) et quatre extraits d'opéras italiens (Ariodante (deux fois), Alcina et Giulio Cesare), sertis dans un foisonnement de petits concertos de Vivaldi pour cordes et continuo, avec en bonus un concerto pour deux violoncelles (en sol mineur, RV 531) qui allait se révéler un des sommets du concert. L'erreur, en effet, aurait été de considérer ces pièces de Vivaldi comme de simples "diversions" destinées à offrir du répit à la chanteuse (comme ce fut récemment le cas avec Anne Sofie von Otter, peu de chant et beaucoup de violon...).

Dès la Sinfonia d'ouverture, le ton fut donné : virtuose, sensuel, joyeux, sonorités chatoyantes (fruit, notamment, d'une intonation parfaite), dynamique irrépressible, quel que soit le tempo, le tout ponctué, ainsi que nous l'avions déjà constaté sur le CD, par le luth du charismatique Ivano Zanenghi. Kozena disposait donc des meilleurs compagnons qui soient, à la fois immatériels (privilège de la maîtrise) et puissamment "supportifs".

Somptueuse dans sa robe de voile turquoise, mais, comme souvent, habitée par une certaine réserve, elle bâtit ses interprétations sur le mode de l'"intériorité expressive", mettant sa voix chaude et souple au service de toutes les situations dramatiques, faisant jouer à fond les couleurs infinies de sa double tessiture de mezzo et de soprano, et offrant son art avec une simplicité - un détachement, même - inattendus dans ce répertoire et particulièrement émouvants. Deux bis encore, parmi les airs les plus populaires de Haendel, "Lascia ch'io pianga..." et "Ombra mai fu...", prolongèrent le bonheur du public.

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