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Le petit prince du rap noir-jaune-rouge retrouve enfin la lumière. Ce samedi, Hamza – Al-Farissi de son nom complet – foulera les planches d'une Ancienne Belgique pleine à craquer avec "1994", dernière mixtape en date trempée dans la nitroglycérine. Un retour en grâce mérité malgré un faux départ.

S'il s'apprête à connaître son vingt-troisième printemps, le jeune rappeur de Bockstael n'en a encore que vingt-et-un lorsqu'il publie l'excellente mixtape "H-24" gratuitement sur la toile. La rumeur de son talent enfle déjà depuis un moment dans les couloirs musicaux du plat pays, il a derrière lui des travaux de jeunesse réalisés en équipe ("Gotham City" avec Kilogramme Gang en 2012) ou en solitaire ("Recto/Verso" en 2013), mais c'est véritablement "H-24" qui fera exploser sa cote de popularité en 2015. La machine est lancée. C'est, en tous cas, ce qu'à l'époque on croit.

Même joueur joue encore

Un an plus tard, et toujours à l'été, Hamza sort "Zombie Life", nouvelle très copieuse mixtape tapissée de gimmicks et de tracks furieusement efficaces. Sur papier et dans les oreilles, une plaque idéale pour enfoncer le clou et asseoir sa notoriété. Pourtant, ça ne l'a pas fait… Alors que Damso se transforme en Sauron à la vitesse grand V et fait du rap-jeu belge sa Terre du Milieu, Hamza est à la traîne et reste dans son ombre. "Je pense que le timing n'a as été bon dès la première mixtape. Je suis arrivé trop tôt, le public n'était peut-être pas prêt. L'autotune était déjà là mais ça ne chantait pas encore beaucoup dans le rap, contrairement à aujourd'hui (...) Puis, pour ce qui est de 'Zombie Life', je crois que la stratégie n'était pas bonne. Je ne sais pas si je dirais que l'on s'est planté, mais le disque n'a pas eu les résultats escomptés. C'est la raison pour laquelle il a fallut la repenser, cette stratégie, et m'entourer de nouveaux associés".

Hamza fait donc le ménage autour de lui et s'alloue les services de nouveaux complices. Deux EPs sortent dans l'intervalle : "New Casanova", d'obédience dancehall et quasiment produit par lui entièrement, puis "Santa Sauce", sous le sapin pour les fêtes. "Zombie Life a été un échec commercial alors que j'y croyais. J’avais un autre management au moment de la sortie. Mais les choses n’avançaient pas comme je le voulais, c'était frustrant… Je pense qu'aujourd'hui mon projet musical est gérée de manière plus pro. Du coup, '1994' est un second départ, comme une nouvelle carte de visite".

Signez en bas

Nous y voilà. Hamza dégote enfin un contrat et signe en licence sur le label Rec. 118, sous l'égide de la major Warner. "Comme j’avais arrêté de travailler avec mon ancien management, je m’étais retrouvé tout seul avec Bellagio, mon DJ. Warner était dans la boucle, ils voulaient bosser avec moi, de nôtre coté on avait créé notre label, 'Just Woke Up', et on a fait une co-prod’. Du coup, ce projet, '1994', nous le produisons et mon premier vrai album en 2018 sera co-produit par Warner".

Le dieu de la sauce peut donc bénéficier des rouages bien huilés de Warner, qui déroulera enfin le tapis promotionnel que mérite Hamza et qui lui faisait défaut jusque-là. "Cette signature m’apporte beaucoup parce que j’ai travaillé longtemps en indépendant et c’est dur. À part Internet tu n’as pas beaucoup d’atouts. Ici, tout est carré, il y a une équipe motivée derrière toi, des plates-formes qui te poussent… Ces gens ont fait ça toute leur vie et ils savent comment s’occuper d’un artiste, donc de mon côté, j’ai moins de choses sur les épaules et je suis plus concentré sur ma musique".


Cuvée 1994, avant l'album

"1994 est mon année de naissance. Je ai choisi ce titre pour ce côté personnel, d'autant que, dans ce projet, je me dévoile davantage. C’est un condensé de tout ce que je sais faire". Banger électrisant, trap des coins sombres du club, vibe dancehall, r'n'b ensoleillé ou chanson d'amour sale, toute la palette – bien maîtrisée et joliment garnie – de Hamza y passe. Pas le moindre featuring à l'horizon, ici le Bruxellois est seul pour tenir la maison. On retrouve par contre ce sens inné de la mélodie, ces refrains hypnotiques, cette diction rythmique et ce phrasé chantant si caractéristique. "J’adore quand le flow est technique. J'ai beaucoup bossé niveau chant, peaufiné plus encore que dans le passé toutes les mélodies… Mais, en vrai, je chante depuis longtemps, même avant 'H-24'. A l'époque, Young Thug arrivait, j'adorais sa manière de poser. Cela reste une source d'inspiration pour ma musique. Je pourrais citer aussi Drake et Travis Scott… Mais j'essaie de me détacher peu à peu de mes influences, pour garder un son frais, dans l'ère du temps".


Cette fois, Hamza n'aura mis la main à la pâte que sur deux instrus, laissant à ses gars sûrs le soin de lui concocter des productions aux petits oignons. "Ikaz Boi, Ponko, Myth Syzer… Ces mecs-là me captent, ils comprennent mon son, sentent très vite quelle direction je veux prendre. C'est ma mi-fa, ma garde rapprochée."


On adore la dernière mixtape de Hamza, de ce "Life" parfait aux douceurs de "1994", en passant par le puissant "Jodeci Mob", le déjà classique "Godzilla", "Vibes", "Destiny's Child" ou encore "Mucho Love". Plusieurs de ces titres sont joués sur les ondes de OVO Sound, la radio de Drake. La légende raconte que c'est Virgil Abloh – fondateur de la marque “Off White” et accessoirement l'un des directeurs artistiques de Kanye West, excusez du peu – qui se plaît à diffuser ces morceaux. Il est fort ce Hamza et, bientôt, il va retrouver les studios.


> Le concert de Hamza ce samedi à l'Ancienne Belgique est d'ores-et-déjà complet. Les plus chanceux parviendront peut-être à l'intercepter au Bloody Louis dans la foulée, pour une after officielle qui s'annonce caliente.