Hardi, l’Aurelia

Sophie Lebrun Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Posons le décor. Un album vagabond, qui s’ouvre sur une reprise très enlevée de "Vous et nous" de Brigitte Fontaine et se ferme sur une "mazurka du chat" jazzy. En passant par un "Issa" brut et étrange (on songe aux créations de la troupe itinérante Arsenic), un pas de danse entrecoupé de discours de Fidel Castro, un "Page" en hommage au rockeur Jimmy du même nom et (le revoilà, mais à l’envers) un "chat de la mazurka" chanté, miaulé et sifflé. L’opus porte un titre inquiétant : "The Hour of the Wolf". Et un univers visuel non moins intrigant : une plage déserte, une horloge, des crânes d’animaux et trois musiciens à l’air zinzin. Et ce n’est tout : ledit trio, dont c’est ici le troisième album, ère de villes en villages sur une péniche, où se niche une salle de concert.

Au secours ? Au loup ? Au contraire : courons-y. C’est à un voyage haut en couleurs et en émotions, déroutant mais pas élitiste, que convie le groupe Aurelia. A fortiori sur scène, la preuve par leur précédente tournée qui a fait arrêt au Festival de Huy en 2009. Le trio réunit Aurélie Dorzée (violon, alto, chant), Tom Theuns (guitare, chant) et Stephan Pougin (percussions), musiciens issus d’horizons multiples : classique, jazz, rock, world et - leur trait d’union - trad. Venus respectivement de Huy, Gand et Arlon (puis Bruxelles).

Le violon passionné d’Aurélie - entendue entre autres dans le Trio Trad avec Didier Laloy et Luc Pilartz - joue le fil conducteur entre des pièces tantôt instrumentales tantôt vocales, puisant allégrement dans les genres et se baladant dans les musiques du monde, un peu de violon-trompette par ci, d’harmonium par là, de banjo ou de sitar. Un sacré bazar, en somme.

"L’idée est de jouer sur l’ambiguïté rêve/réalité, l’ambivalence drôle/sombre , indique Aurélie Dorzée. L’heure du loup, c’est celle où se termine la nuit et où commence le jour." Celle où le sommeil est le plus profond, les cauchemars les plus réels, les démons les plus puissants, décrit le cinéaste Ingmar Bergman - des propos que le trio a découvert a posteriori. Une ambiance qui ne constituait pas un cadre préétabli pour l’album, mais qui lui donne in fine une toile de fond : "On a composé la musique sans thème. C’est ensuite que l’on a imaginé l’aspect visuel, et puis ce titre" , explique l’artiste. Un univers visuel peuplé, en l’occurrence, de créatures étranges conçues par la sculptrice Fabienne Guérens, figures mi-homme mi-animal qui se baladent aussi, en ombres chinoises, dans le clip d’"Issa".

Pièce incertaine et mouvante aussi que l’"Ave Maria" de Frans Schubert revisité - en douceur - par le trio et la soprano Laure Delcampe où s’immiscent une batterie légère, quelques distorsions de guitare... "On n’a fait que trois prises en studio, c’est de l’impro, on l’a enregistré en live, sans soutien harmonique ni tempo . Il y a des tas de morceaux classiques que j’aurais envie de reprendre et proposer sous une autre lumière, poursuit Aurélie Dorzée. Un prélude de Bach au piano, par exemple. Je pense que Bach aurait aimé l’idée, lui-même qui les rejouait au luth, au violon." Sans complexe mais avec respect, le trio puise, tous azimuts, dans le patrimoine musical. Confessant "un coup de cœur" pour l’album "Vous et nous" (1977) du tandem Areski/Fontaine, opus inclassable de trente morceaux "où l’on entend notamment une vielle à roue, une derbouka, une bombarde et d’autres instruments folk. En chanson française, Brigitte Fontaine a apporté beaucoup, musicalement, alors que les Français sont très conservateurs dans ce domaine, ils utilisent toujours les mêmes instruments" , observe Aurélie Dorzée, qui a aussi son projet solo et entend bien donner un jour une suite au disque "Horror Vacui".

Pour l’heure, le trio Aurelia trimballe, souvent en salle, parfois sur sa péniche, son nouveau spectacle (1). D’Engis (où il était en résidence à la mi-octobre) à Beernem, en passant par Bruxelles, Hal, Willebroeck. Détail pas si anodin : la Wallonne Aurélie et le Flamand Tom, compagnons à la scène et à la ville, ont un pied (à-terre) au sud du pays, un pied (sur l’eau : leur péniche) au nord. "On est un peu les deux derniers mohicans belges", sourit la violoniste. Cette double culture est source de richesse : "En Flandre, les musiciens sont plus décomplexés par rapport à la culture, au patrimoine, ils osent davantage. En Wallonie, j’aime l’idée de ces spectacles longuement mûris, qui mettent du temps à voir le jour, mais sont digérés."

Sophie Lebrun

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