Musique / Festivals

C’est la première fois que je viens en Belgique. Je ne connais pas grand-chose de ce pays, mais j´ai bu quelques Stella à l´époque..." Harper Simon n´est pas du genre à se cacher derrière le petit doigt. Sa période un peu borderline, où les acides passaient dans une gorgée de bière? Assumée, avec humour. Le fait d´être le fils de Paul Simon? Assumé, avec talent.

Pour son premier opus (éponyme) solo, le quasi-quadra a plutôt bien fait les choses. Quelque part entre Elliot Smith et les Byrds, parfois pop, souvent country, l’album éponyme sonne comme un hommage à la musique américaine de ces soixante dernières années. Il faut dire que Harper est plutôt bien placé pour en parler. Son histoire rappelle celle d´un certain Sean Lennon. Harper est né en 1972, Sean en 1975. L’un comme l’autre vous diront que leurs parents auraient plutôt voulu les tenir à l’écart de la musique. L´un comme l’autre sont pourtant mis à contribution dès leur plus jeune âge. Sean a 5 ans sur l´album de Yoko "Seasons Of Glass", Harper à 4 ans sur un petit film dans lequel son père explique comment enregistrer un album.

"C’est un peu loin pour que je m’en souvienne. Mes premières émotions musicales, c´est sur la banquette arrière de la voiture de ma mère, en écoutant l´autoradio." Né à New York, Harper y grandit de facon plutôt classique. Si ses parents sont divorcés, il voit autant l’un que l’autre. "Ecole, guitare et rock’n’ roll" résume-t-il. "J’ai commencé à jouer de la guitare à dix ans. Il n’y a pas eu un moment décisif où je me suis dit que je voulais devenir musicien, c’est quelque chose qui est monté en moi au fil des ans, jusqu´à devenir une évidence."

Une évidence tout de même un peu forcée par papa Paul: à 12 ans, Harper joue déjà de la gratte sur la fameuse tournée Graceland aux côtés de son père. Peu étonnant donc que, quelques années plus tard, quand l’Université de Yale lui ferme ses portes, Harper se tourne tout naturellement vers la musique, et la prestigieuse Berklee School de Boston. "Mon père a peut-être été un peu réticent au début. A raison. Moi-même, je ne recommanderais à personne, et surtout pas à mes enfants, de se lancer dans ce métier. Mais c’est ce qu’il fait en même temps, il était mal placé pour cracher dessus!" plaisante Harper. "A la sortie de Berklee, j’ai vécu six ans à New York où je jouais dans des groupes de punk plutôt bruyants, dans lesquels je ne me suis jamais senti vraiment à l’aise."

Décidé à ne plus perdre son temps, le musicien quitte son continent pour tenter sa chance à Londres. "Là encore, ça n’a pas vraiment marché. J’ai alors commencé à envisager sérieusement ma carrière solo. J’étais dejà dans ma trentaine, il était temps." Harper regagne les Etats-Unis, mais préfère Los Angeles à New-York. Là, il écrit plusieurs chansons sans savoir encore la direction à leur donner. "Il y avait beaucoup de musiciens avec lesquels je voulais travailler, des amis de New York ou de Los Angeles. Mais un voyage à Nashville a bouleversé beaucoup de choses..."

Harper a l’opportunité de travailler avec de grands noms de musique U.S. des années 60. Des noms? Bob Johnston, qui tenait la console pour Dylan, Johnny Cash ou encore Leonard Cohen, Lloyd Green, pedal steel des Byrds, Mike Leech et Gene Chrisman, section rythmique d´Elvis "L´idée a commencé à germer, de mélanger les bases enregistrées à Nashville avec des apports plus contemporains. Une fois que j’ai pris cette direction, ça a été un peu l’effet boule de neige." Harper rentre à Los Angeles avec de l'or dans ses bagages. Il les habille de sonorités plus modernes, en faisant appel, ici encore, à un casting de choix: Inara George, Petra Haden, Marc Ribot, Russel Simins ou encore Sean Lennon.

Décidé à assumer totalement l´inévitable étiquette "fils de", Harper ouvre la porte du studio à son père. Les deux co-écrivent trois titres, et l’on retrouve Paul, discret, à la guitare sur "The Audit". "Je n’attendais pas de lui qu’il participe à l´album, je ne le lui ai pas demandé. C’est arrivé tout simplement parce que je travaillais à New York; il a été inspiré par l’idée de travailler sur l’une des chansons. C’était plutôt drôle. Bien sûr, il demeure une influence pour moi, n’importe quel fils est influencé d’une façon ou d’une autre par son père."

Si cela est vrai en studio, tout nous laisse à penser que l´infuence paternelle ne le suivra pas sur scène. "Je suis en train de prendre goût au son de groupe, et les chansons se sont déjà métamorphosées au cours de la tournée américaine." A Bruxelles, l’AB est prévenue

Harper Simon, album éponyme, chez PiaS

En concert à l´Ancienne Belgique, Bruxelles, le 18 mai. www.abconcerts.be