Musique / Festivals

Même si elles laissent plus de traces indélébiles dans le tiroir caisse des maisons de disques que dans les mémoires, les «Victoires de la musique» sont toujours le prétexte d'une petite soirée télé bien sympathique, avec son lot de semi-suspense, d'impondérables, d'émotions et de plaisirs musicaux

Sous la nouvelle direction de notre compatriote Marc Thonon, les Victoires se voulaient renouvelées, avec des votes en un seul tour, des catégories inédites comme le «Site Internet» de l'année, ou celle des «Révélations» morcelée en «Artiste découverte», «Découverte scène» et Découverte album».

Reliftées, les «Victoires» ne tentent pas pour autant de «faire jeune» à tout prix: sur la scène hautement symbolique de l'Olympia comme dans les nominations, toutes les générations, tous les styles étaient représentés. Grand bien leur a pris car il s'est avéré - notamment à cause d'un succès public retentissant - qu'un des artistes de l'année 2000 était un bonhomme de 83 berges, passionné de boules, cachant sa timidité et sa finesse derrière une hilarité proverbiale: Henri Salvador.

On le sait depuis samedi soir, c'est lui le grand victorieux, le champion toutes catégories. Disque de l'année pour «Chambre avec vue», celui qui est aussi «Artiste interprète masculin de l'année» n'a pas pu s'empêcher de lâcher dans un rire: «Il s'en est fallu de peu pour que ce trophée soit posthume». À le voir interpréter «Mademoiselle» devant un big band de jazz et entouré de deux guitares, dont Thomas Dutronc, l'on se dit que le Monsieur a encore quelques belles notes bleues devant lui.

Autres Victoires remarquables, celles engrangées par Ludovic Navarre, alias Saint-Germain, dont les prestations scéniques et l'album «Tourist» ont été honorés. La semaine dernière, lors des Victoires de la musique classique et du jazz, le même Saint-Germain avait reçu le titre - quelque peu usurpé - de la découverte jazz. Il est donc le premier artiste à être primé dans chacune des deux cérémonies.

Rayon images fortes, après le décolleté plongeant de Lara Fabian il y a deux ans, le «push-up» d'Isabelle Boulay n'est pas passé inaperçu cette année. Ah, ces chanteuses à voix et à gorges déployées La Québécoise n'en repart pas moins avec les Victoires du disque découverte et de l'artiste découverte, ce qui fait d'elle une des triomphatrices de ces premières Victoires du siècle.

La plus belle déclaration, c'est à Renaud, Victoire d'honneur, qu'on la doit: «On est content de faire de temps en temps des chansons qui déplaisent à certains.»

Les autres vainqueurs marquants cette année sont Hélène Ségara, catégorie interprète féminine, et son copain Johnny Hallyday, catégorie spectacle musical. Passé du gigantisme de la Tour Eiffel à l'intimisme de l'Olympia, Jojo rejoint Francis Cabrel au palmarès, avec six trophées au total, derrière les deux Alain, Bachung (7 Victoires) et Souchon (8 Victoires). À propos de ce dernier, on a appris que son pote Voulzy était réellement, pour de vrai en train d'enregistrer un nouvel album. Comme quoi, les mythes ont la vie dureÀ propos, pour la petite histoire, Pascal Obispo repart une nouvelle fois bredouille. Voilà un garçon qui a le sens des coutumes et le respect de la tradition.

© La Libre Belgique 2001