Her, calme et volupté (CRITIQUE) ***

Colin Gruel (St.) Publié le - Mis à jour le

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Musique / Festivals 13 août 2017, le cancer emporte Simon Carpentier, moitié du groupe Her. Il avait 27 ans. Victor Solf, qui joue ce soir-là au prestigieux festival Sziget, en Hongrie, perd son compagnon de route et son meilleur ami. Dans un message bouleversant posté sur la page Facebook du groupe, il annonce qu'il poursuivra la route seul. Le concert à Rock en Seine se rapproche et il aura lieu. Et puis il y a encore un album à enregistrer, une "responsabilité" vis-à-vis de Simon, selon lui.

Dix ans plus tôt, avec trois autres amis, les deux compères avaient formé The Popopopops sur les bancs d'un lycée breton. Avec des morceaux très travaillés et des arrangements léchés, bien loin de la représentation qu'on se fait des boys band de lycées qui répètent dans leur garage. Le groupe avait alors rapidement grimpé les échelons avec un passage aux Transmusicales de Rennes en 2008, un prix CQFD – Les Inrocks en 2009, et une première partie pour Pony Pony Run Run en 2010…


Puis vint 2013 et un premier album, Swell, où les Popopopops nous offraient un répertoire mature et précoce, navigant entre la pop et hip-hop avec une aisance redoutable. De quoi faire bouger la scène rennaise, déjà bien dynamique avec les bonnes ondes musicales d'Étienne Daho et des Juveniles.

Lorsqu'ils forment Her en 2015, Victor Solf et Simon Carpentier prennent leurs distances avec l'électro pop pour s'atteler à la rénovation d'un autre monument : la soul hexagonale. Pour ce faire, les deux amis se donnent les moyens de leurs ambitions : création de leur propre label, collaboration avec de grands producteurs comme Joe Chicarelli (producteur d'Elton John), Jacquire King (Tom Waits) ou encore Michael Brauer (Coldplay), mais aussi des rappeurs comme l'allemand Hennering May et le belge Roméo Elvis.

Five minutes, leur premier single ne peut vous être inconnu. Un riff de guitare entêtant et un refrain hypnotisant qui ont convaincu... Apple de l'utiliser dans une de ses publicités.

Depuis 2016, les rennais ont sorti quatre EP, deux en studio, deux en live et finalement, un premier album éponyme qui fera son entrée dans les bacs ce vendredi 30 mars.

Pas de surprise, on connaît déjà la moitié de ces chansons : Blossom Roses , Quite Like , Swim… Et bien sûr We choose, qui ouvre ce disque en douceur, suivie du tube Five minutes. Après quoi, l'album gagne en vitesse avec Icarus , hommage direct à Simon Carpentier et seul titre sur lequel ce dernier n'a pas eu le temps de travailler.

Tout l'album est en forme d'hommage. "May this album be a testament to what a great artist you are" , peut-on d'ailleurs lire sur la pochette. Entre les morceaux, on trouve des interludes musicaux qui sonnent comme des souvenirs, des bribes d'enregistrements de mauvaise qualité, autant de super 8 sonores qui défilent sous les yeux et les oreilles de ceux qui les suivent depuis de nombreuses années. For him , sorte de chanson cachée à la fin de la l'album, qui sonne comme une vieille démo, reprend les premières strophes d'Hypnotise me, l'une des plus belles chansons des Popopopops, comme un clin d’œil à une vieille complicité. 

L'hommage se referme sur un Good night bouleversant : "You promise me everything gonna be alright", chantonne Victor Solf, sans pathos excessif, avec la magnifique retenue qui caractérise sa plume.

Avec ce premier album, Her n'a pas courbé l'échine, il continue obstinément à "nager à contre-courant" pour imposer son style propre, tout en délicatesse.


Colin Gruel (St.)

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