Higelin l’irréductible

Dominique Simonet Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Certaines musiques, certains chanteurs font toujours un bien fou à écouter : les nettoyeurs d’oreille et d’esprit. Higelin fait incontestablement partie du contingent. A 69 ans, l’âge érotique, il continue de faire le Jacques. En concert, en entrevue ou sur disque, c’est du pareil au même : Higelin père, puisqu’il a désormais une heureuse descendance artistique, part dans tous les sens, ébouriffé comme sa tignasse grise post-punk.

"Coup de foudre", le petit dernier, n’échappe pas à la règle. Ce nouvel Omni, Objet musical non identifié, atterrit quatre ans seulement après "Amor doloroso", considéré comme l’album d’un des nombreux retours du ménestrel qui n’en finit pas de se carapater pour mieux ramener sa fraise, même hors saison. Huit ans auparavant, "Paradis païen" n’avait pas recueilli les suffrages populaires, et Higelin s’était retrouvé sans maison de disque.

Tout le contraire d’"Amor doloroso", auquel le succès vaut d’avoir un successeur, "Coup de foudre". Pourquoi changer une équipe gagnante ? Mêmes lieux, mêmes réalisateurs artistiques, et la magie réapparaît. Comme son prédécesseur, le nouvel opus a été cultivé au grand air de Sainte-Marie-aux-Mines, dans le Haut-Rhin, dans le grenier d’une vieille ferme aménagé en studio par l’ex-Kat Onoma Rodolphe Burger. Ambiance garantie, d’autant que le percussionniste Dominique Mahut, complice de longue date, est là pour prêter main-forte à la réalisation.

Plus près de Colmar que de Strasbourg, ce lieu est aussi chargé d’émotion : le père du chanteur, cheminot, était d’origine alsacienne (et sa mère Belge).

Quoi de plus vivifiant que la ligne bleue des Vosges à sa fenêtre, pour chanter une nouvelle fois l’amour, la vie, la mort, sans ressasser ni radoter. D’amour, il en est bellement question dès le début de l’album, avec "Coup de foudre" bien sûr, un truc à double tranchant si l’on y regarde bien. Une guitare miaule et crachote : "J’ai jamais su sur quel pied danser Avec toi, toujours raté le corps à corps Avec toi." La morale de "J’ai jamais su" ? "Tout bonheur que la main n’atteint pas est un leurre."

A "New Orleans" est convoqué le jazz à l’ancienne, sur lequel se balance une certaine Pamela Norton, "Créole au corps d’idole païenne". Une manière de rappeler qu’Higelin a commencé sa carrière dans une comédie musicale intitulée "La Nouvelle-Orléans", avec Sydney Bechet, qu’il a usé jusqu’à la corde les 78 tours de Charlie Parker et Dizzy Gillespie, qu’il a appris la musique avec le guitariste Henri Crolla.

Jusque-là, l’album tenait plutôt bien la route, et puis ça part en glissade. Rock, funk, jazz moderne et même country bariolent le paysage comme au bon vieux temps de "BBH75", où se posait la question : "Est-ce que ma guitare est un fusil ?", "Août Put" donne des éléments de réponse

"Aujourd’hui la crise" est certes d’une actualité brûlante. Le pire, c’est que ça ne date pas d’hier : la chanson a été créée en 1976, pour l’album "Alertez les bébés" ! A l’époque, c’était à cause du pétrole, aujourd’hui, on croit savoir ce que c’est, que sera-ce demain ? En entrevue comme en chanson, Higelin père est un grand bavard. Tout l’art consiste alors à savoir se taire au bon moment. A la coda, "Expo photo" est un instrumental en suspension, avec pour voix la trompette d’Erik Truffaz. Il n’est pas toujours besoin de fusil pour mettre en plein dans le mille.

Dominique Simonet

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