Higelin travaille pour l'Humanité

GENEVIÈVE SIMON Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

ENTRETIEN

Dans les années 60 et 70, Jacques Higelin était considéré comme un sociétaire du Théâtre 140, lui qui s'y arrêta plus d'une fois, notamment en compagnie de Brigitte Fontaine et de Rufus. C'est donc tout naturellement que Jo Dekmine, à la barre du 140 depuis la première heure, lui a confié les rênes d'une soirée organisée dans le cadre des 40 ans de son théâtre.

Votre mère était Belge. Vous sentez-vous Belge? Qu'est-ce que cela signifie pour vous?

C'est indéfinissable, sauf que je sais que je suis Belge. Ma nature profonde trouve sa source ici: toute ma créativité, tous les côtés les plus fous, extravertis et en même temps profonds. Même la mélancolie, je la sens comme venant du Nord. Et contrairement à nombre de mes compatriotes, j'ai toujours trouvé l'humour belge formidable. La Belgique compte des personnalités qui me touchent profondément. Henri Michaux me fait hurler de rire. Je trouve Arno, avec qui j'ai beaucoup d'affinités, imbattable. Et j'ai récemment croisé Adamo: voilà un homme très simple, très attentif, qui a une intelligence qui vient du coeur.

Vous avez pratiqué tous les arts du spectacle. Duquel vous sentez-vous le plus proche aujour- d'hui?

Toutes les formes artistiques n'en font qu'une: c'est un rapport sensuel avec l'art avant tout. Ces ouvertures sur le monde font que le corps est aussi un instrument, danser c'est bouger, faire des gestes c'est dessiner dans l'espace, chanter est une émotion très particulière, faire rire, être comédien de mes propres textes et faire passer les mots et les pensées, jouer du piano ou de l'accordéon: tout participe de la même chose.

Votre longue expérience vous apporte-t-elle un certain confort?

Tout me sert et de plus en plus puisque j'ai développé une maîtrise avec le temps, sans le vouloir puisque je suis un travailleur laborieux. Je suis un artiste qui utilise toutes les facettes de ce qu'on lui a appris, et qui l'a développé. Mais ce qui compte, c'est au service de quoi on met cet apprentissage. Je suis toujours en devenir et j'ai tout à fait conscience qu'il me reste encore beaucoup à apprendre. Or je m'aperçois qu'à chaque concert j'apprends quelque chose. En Inde, on dit qu'il faut 60 ans pour former un musicien. Qu'à 60 ans il peut être maître de lui-même, ce qui signifie qu'il peut apprendre, soit des autres, soit aux autres. Il faut tout ce temps pour connaître une obligatoire humilité.

A soixante-trois ans, est-ce votre état d'esprit?

De plus en plus, mes masques tombent, et à mon avis c'est à ce moment qu'on devient un véritable artiste, donc un véritable être humain. J'ai toujours aimé les gens qui tombent du filet et y remontent. J'ai toujours aimé le cirque amateur, ceux qui débutent. Il y a une certaine façon de tomber qui est belle parce qu'elle veut dire qu'on a pris un risque et qu'on continue à en prendre.

Vous êtes la preuve qu'il existe une vie artistique en dehors des circuits commerciaux.

Pour le show-business, je n'existe plus. Et partout où je vais, les salles sont pleines. En province, tout est extraordinairement vivant. Je vis donc une dichotomie incroyable: un accueil incroyable dans le pays et un oubli total dans la capitale et à la télé. Cela me réjouit; j'ai l'impression de faire partie de la vie profonde de mon pays.

Comment définiriez-vous ce qui se passe sur scène?

En scène, je ne fais pas autre chose que communiquer avec le public. Je rêve à haute voix, et je fais passer ces rêves et ces visions aux gens qui me les renvoient.

Que nous réserve le concert du 8 novembre?

Je n'en sais rien, tout dépendra de l'alchimie entre le public, Dominique Mahut - le copain artiste peintre et percussionniste avec qui je tourne depuis cinq ou six ans - et moi. A force de jouer ensemble, on a laissé tomber ce qu'il y avait en trop pour aller à l'essentiel. Je vais sans doute aussi proposer de nouvelles chansons.

Dans l'optique de faire un album?

Petit à petit, on arrive effectivement à l'idée d'un album qu'on enregistrerait directement, parce que rien ne m'exalte plus que d'être devant un public. J'ai écrit énormément de choses, mais sans savoir ce que je vais en faire. Un album, ce n'est que douze chansons, alors certains textes iront peut-être dans un livre...

Ce que vous écrivez est-il nécessairement destiné au public?

Tout à fait. C'est l'appel que je perçois des gens. Je travaille pour l'humanité, inspiré par tout ce qui existe, et par l'alchimie qui se crée entre le public et moi.

Vous qui n'avez plus de maison de disques, comment allez-vous concrétiser cet album?

Il y a moyen de faire autrement. Je n'aime pas ce qu'ils font, ni la manière dont ils considèrent les artistes. J'aimerais les doubler, quitte à passer par Internet ou inventer autre chose. Ils nous poussent à être créatifs. Je peux traverser le temps avec la scène, avec le public. C'est lui mon réel producteur: il ne me laisse jamais tomber, me donne une partie de son salaire, m'aide à vivre et à continuer, à faire ce que j'ai à faire.

© La Libre Belgique 2003

GENEVIÈVE SIMON

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