Musique / Festivals

Après de trois ans d’éclipse scénique, samedi et dimanche, Hooverphonic présentait officiellement au public de l’Ancienne Belgique sa nouvelle configuration. Noémie Wolfs, désormais titularisée comme chanteuse du groupe, s’est plutôt bien tirée de cette première confrontation à l’épreuve de la scène, et on cessera sans doute très vite de la définir par référence à Geike Arnaert. Aisance dans les entrées et sorties, voix bien posée et très sûre, présence avantageuse. Portant la robe bustier rayée rouge et noir de la pochette du dernier album (d’abord déclinée en version top sur pantalon noir évasé) mais avec une coiffure plus sophistiquée, faux chignon et frange, Noémie joue discrètement mais sûrement des charmes de sa silhouette, de ses épaules et de ses yeux. Ce qu’elle dit parfois entre les chansons garde un côté un peu préparé, presque scolaire même dans son souci de respecter le bilinguisme en répétant deux fois la même anecdote, et on espère qu’elle gagnera encore en véritable aisance scénique tant il est vrai qu’on la sentait encore sur sa réserve dimanche. Mais, à 22 ans et sans antécédents, le résultat est assurément prometteur.

Reste au groupe à retrouver la qualité de sa musique. Car on mentirait en disant que le Hooverphonic cuvée 2011 convainc totalement : sur scène, le sentiment de sagesse un peu terne de "The night before" (le single éponyme, premier disque de platine du groupe, vient très tôt dans la soirée, juste après "One, two, three") ne se dément pas, loin s’en faut. Durant la première moitié du concert, on s’ennuie même poliment, réduit à admirer le look global du dispositif scénique, plutôt réussi mais intrinsèquement statique : Noémie au centre entourée d’Alex à la basse et Raymond à la guitare, les trois autres musiciens (batterie, synthé/violon et piano/guitare) derrière eux, tous en costumes cintrés et cravates noires sur chemises blanches, drapés de velours rouge en fond et lumières blanches tombant des cintres. Le groupe se la joue orchestre jazz des fifties, ou groupe rock propre et net du début des sixties : effet sympathique mais efficacité limitée, tant le risque est grand de tomber dans le style un peu convenu de l’orchestre de bal.

Il faudra attendre quelque 50 minutes pour voir la soirée s’emballer vraiment, avec une imparable trilogie "Jackie Cane", "Mad about you" et "Sometimes" : Noémie gagne plus encore ses galons ainsi en s’attaquant à l’ancien répertoire, et l’on retrouve un groupe moins formaté, plus aventureux dans ses sonorités que sur son dernier album. Deux séries de trois rappels imparables, avec notamment "Vinegar & Salt" viendront confirmer cette envolée, avec même un final très rock - enfin - où tout le monde se lâche. Sauf la chanteuse, repartie très dignement vers les loges avant que n’éclate l’orgie sonore.