Ibeyi : soleil cubain sur Ancienne Belgique

Colin Gruel (St.) Publié le - Mis à jour le

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Musique / Festivals

L’entrée du duo Ibeyi sur la scène de l’Ancienne Belgique (Bruxelles) n'a pas besoin d'une scénographie élaborée. Elles entrent, c'est tout. Les deux jeunes femmes rayonnent. Toutes de rouge vêtues, le sourire éclatant, un petit signe de la main façon star à destination du public, les sœurs Diaz ont délaissé les costumes noirs de leur première tournée. 

Il est loin le temps où les deux sœurs, avec une timidité plus ou moins dissimulée, nous racontaient l’histoire de leurs racines. Le public de l’Ancienne Belgique les connaît. A en croire les cris qui redoublent de puissance alors que Lisa-Kaindé Diaz remercie la foule d’être revenue, c’est le même que la dernière fois, en 2015. Depuis, les sœurs venezuelo-cubaines Ibeyi sont devenues des showwomen.


Et elles sont épatantes, dès le début, ouvrant le spectacle avec I carry this for years, titre qui ouvre leur deuxième album. Une performance vocale impeccable, qui nous rappelle qu’Ibeyi, ce sont d’abord des voix claires et puissantes qui se mélangent dans une harmonie parfaite. Les chansons suivantes sont un enchaînement de tubes que le public connaît par cœur : Away away, I wanna be like you, Transmission ou encore l'imparable Mama says, qui figurait sur le premier album.

Entre les chansons, les sœurs Diaz nous apprennent à nous débarrasser de toutes nos mauvaises ondes, font chanter une salle plutôt réceptive, et évoquent un « connard orange qui veut prendre les femmes par la chatte » (poke Donald Trump) avant de se lancer dans le magnifique No one is big enough for my arms. Les voix perçantes des deux sœurs s'élèvent dans la salle devenue silencieuse. Les sons de basse viennent caresser l'espace, les percussions subliment l'atmosphère.

En 24 minutes, la quasi-totalité du répertoire connu d’Ibeyi est évacuée. Autant de cartouches en moins pour la suite ? Le reste du spectacle sera-t-il d'une platitude absolue ? On peut déjà en douter, d'autant que le public connaît tout le répertoire par cœur, même les chansons qui n'ont pas tourné en boucle en radio. Ce qui est sûr, c’est que ça commence fort, très fort.


Trop fort ? Les frangines Ibeyi atteignent rapidement un sommet dont elles ne veulent plus descendre. Au bout d'une demie-heure de chants endiablés et de percussions puissantes, on attend un peu de douceur, un calme relatif. Il viendra bien plus tardivement.

Soudain, la chanson Deathless vient électriser une salle déjà enthousiaste, et la chorale populaire d'entamer d'un même cri le refrain : « Whatever happens, whatever happened… We are deathless ! ». Finalement, au milieu de toutes ces chansons entraînantes que le public connaît parfaitement, il ne manquera que le génial Stranger/Lover, qui aurait pu offrir un soupape respiratoire dans un concert parfois un chouïa saturé.


De Lisa-Kaindé et Naomi, c'est la première qui mène la danse, la seconde se faisant plus discrète. Elle n’est pas effacée pour autant : c'est elle assure brillamment les percussions des morceaux, et on sait à quel point la rythmique est importante ici. Mais ce soir, elle est un peu en-dessous. Lorsqu’elle chante seule, ce qui reste rare, on perçoit une voix usée. Certes, elle a toujours été plus voilée que celle, cristalline, de sa sœur. 

Mais alors qu’elle interprète la très mélancolique Waves, la chanson la plus bouleversante de leur dernier album Ash et peut-être même de tout leur répertoire, la voix de Naomi Diaz semble toujours sur le point de s'éteindre, et on souhaite, plus pour ses cordes vocales que pour nos oreilles déjà satisfaites, que la chanson ne s'éternise pas trop. Finalement, c'est un efficace River qui vient clore des rappels plutôt expéditifs. 

On reste légèrement sur notre fin, comme si toute la force du duo avait été jetée dans les premiers instants, et qu'il n'en restait plus assez pour le bouquet final. Une bonne raison de revenir une troisième fois, parce qu'après tout, ce fut une belle soirée.


Colin Gruel (St.)

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