Musique / Festivals

Voilà plusieurs années que nous n'attendions plus grand chose des Black Lips. Fatigués sur scène, en pilote automatique sur leurs deux derniers albums, les trublions d'Atlanta semblaient grillés et définitivement usés. Connus pour les shows déjantés de leurs débuts, Cole, Jared et compagnie se sont progressivement éteints, ne livrant que des prestations de qualité moyenne et de faible intensité lors de leurs derniers passages en Belgique. Mais vendredi soir, sur la plaine de Kiewit... Ils ont écrasé la concurrence.

Je peux uriner dans ton saxophone ?

Un premier élément permet d'expliquer le succès de ce concert aussi jouissif qu'inattendu: le timing. Il est 1h du matin quand les Black Lips montent sur scène. Le public est aviné et gavé de musique électronique. Le groupe n'a même pas le temps d'arriver au refrain de son premier morceau que les kets du premier rang sautent déjà comme des cabris sous exctasy, trop heureux d'entendre un peu de guitare électrique. Manifestement avinés et galvanisés par cette ambiance Cole Alexander et Jared Swilley, seuls rescapés de la formation originale, se prêtent au jeu et lâchent pépite sur pépite. "Family Tree", "Boys in the Hood" et tous les vieux tubes du groupe tombent rapidement. Les rouleaux de papier toilette suspendus sur scène par le groupe (une tradition) s'écroulent les uns après les autres, et la pauvre saxophoniste évite de justesse la quéquette que Cole a pris le soin de sortir pour se soulager sur le podium (une autre tradition).

Richie le chef

Le son n'est pas extraordinaire, mais les deux affreux chantent bien, baragouinent quelques trucs et se lâchent comme à la belle époque. Un petit bonheur de garage rock qui fait oublier la prestation pénible d'un Boys Noize coincé dans ses basses et incapable de se réinventer, et le show très moyen des 2 Many DJ's qui jouent pourtant à domicile. D'un point de vue électronique, la bonne surprise est plutôt arrivée une heure plus tôt avec Richie Hawtin, venu en patron livrer ses beats bruts de techno house dans la figure d'une audience ravie et plus âgée que sur les autres scènes du festival. Il faut dire que toutes les post-adolescentes, qui constituent la majeure partie du public du Pukkelpop, sont encore entrain de se remettre du concert donné par London Grammar sur la Main Stage. Pas toujours à l'aise Hannah Reid, Dominic Major et Dan Rothman font une entrée timide. La première doit même s'y reprendre à deux fois sur un nouveau morceau pour cause de faux départ et s'excuse en rougissant. Mais sa voix est tout bonnement irrésistible et force immédiatement le respect. Qu'on aime ou non le style "London Grammar", le groupe est touchant, son univers est imposant et l'on se surprend à trouver tout cela émouvant.