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It's a bird, it's a plane… Non, c'est Isha qui revient une nouvelle fois en force avec le deuxième volet de "La Vie Augmente". Et l'envergure du rappeur bruxellois, elle aussi, augmente tant et plus. Né l'an de grâce 1986, l'homme déversait jadis ses rimes sur la capitale sous le nom de Psmaker, avant de quitter le rap-jeu vers 2009. En 2016 pourtant, le emcee désormais trentenaire reprenait du service sous l'avatar Isha.

Il y a un an, il publie "La Vie Augmente" – bardé du banger maousse costaud à l'accent du sud "Oh Putain", du nostalgique "Frigo Américain" ou encore de l'excellent "Tony Hawk" – et se fait sans peine une place au soleil d'une scène rap belge qui n'a de cesse de briller sur le Vieux Continent. Une place de choix, singulière, qu'il assoit davantage avec ce deuxième chapitre plus efficace encore. Celle d'un parrain pe-ra qui garde un pied dans le passé tout en ayant le regard pointé vers l'avant, conjuguant savoir-faire à l'ancienne et hédonisme hip hop 3.0. Celle d'une plume qui continue de mesurer les mots et de les distiller en quête de sens, sans jamais jouer au moralisateur. Cette d'un artiste intense, qui fait suer la foule tout en transpirant de sincérité.


C'est d'ailleurs sur ce mode-là que débute le second chapitre, avec un "Justifié" mi-parlé mi-scandé qui d'entrée donne le ton et capte l'attention. Derrière, Isha s'essaie à l'autotune aérien et ouaté sur "Au Grand Jamais". Pas notre préférée, et pas vraiment le jardin du bonhomme, qui s'en sort néanmoins avec les honneurs. Ensuite, place à "Tosma", en compagnie du tandem formé par les collègues JeanJass et Caballero. Une ode aux fumées stupéfiantes d'une redoutable efficacité, qui vous collera au tympan comme une chewing-gum à la semelle : quelques secondes pour l'attraper, des semaines pour s'en débarrasser (nous, on y est toujours).


Au détour d'un refrain de "Mafia", on voit pointer avec plaisir le bout des rimes du rappeur suisse Makala. Et le ton monte un chouïa. Après nous avoir fait réfléchir, planer (gentiment) et sourire, Isha tout-terrain allume la mèche d'un feu que l'implacable banger "Domamamaï" transformera deux plages plus tard en grand incendie. La bombe de l'album, prolongation de "Oh Putain", trempée dans la nitroglycérine. Dans l'intervalle, "Mp2m" voit l'auteur se confier sur l'absence du paternel et un instrumental à cordes qui ravira les fans de l'ancien testament hip hop, puis continuer son introspection sur un excellent morceau-générique qui nous ramène au temps présent.


Plus que trois titres à fumer et pas une seconde nous ne nous sommes ennuyés. La tête va d'ailleurs continuer à tourner aux bons soins de boss Zwangere Guy, qui insère ses punchlines bilingues entre les mots d'Isha avec puissance et élégance au fil de "Caravane" (qui ferait passer celle de Raphaël pour un chant de catéchisme). Le mercure grimpe avec "Rien", la track ensoleillée du disque, où Isha parle de pauvreté avec le sourire en mode coupé-décalé. Avant la conclusion offerte par "La Maladie mangeuse de chair", comptine sombre et cérébrale comme Isha en a le secret. A l'autopsie, une excellente plaque donc, qui nous fait déjà saliver dans l'attente du volume 3, sans doute frappée du sceau (mérité) d'une major cette fois.