Musique / Festivals

Il n’a peut-être de national que le qualificatif, mais ce Théâtre et son public en ont pris un grand coup vendredi soir. Evidemment, quand on invite Jacques Higelin à venir concerter, il faut s’attendre à tout, y compris au meilleur : en posture gaullienne, façon Montréal 24 juillet 1967, il clame haut et fort: "Vive la Wallonie libre !" Comme ça, sans crier gare, d’entrée de jeu. Histoire de mettre tout le monde à l’aise.

Incorrigible agent provocateur, l’auteur-compositeur-interprète se présente avec un bien bel album sous le bras, "Coup de foudre". Lui-même doit en être content, car la plupart des chansons dudit disque figurent au programme de ce concert.

Il y a plusieurs Higelin en un seul : celui à grand spectacle entre cirque et music-hall, le chanteur un peu caf’conc’, le chanteur rock. C’est à ce dernier qu’on a droit, celui qui, formé comédien, ne peut s’empêcher de faire le spectacle : chez lui, gestes et mimiques parlent autant que paroles et chansons.

"Coup de foudre", alors. Ah!, il est bon, ce nouvel album, et il passe l’épreuve de la scène avec la plus grande distinction, celle d’un Higelin souvent au piano aussi noir que son costume est anthracite et ses cheveux gris en bataille. A l’occasion de "Coup de foudre", il livre son état d’esprit du moment, "tout bonheur que la main n’atteint pas est un leurre" ("J’ai jamais su") ou "la vie, la mort, ça me laisse froid, vu qu’on n’a pas vraiment le choix" ("Kyrie Eleison").

Dans la carrière de ce Jacques un peu fataliste, mais sans maître, le dernier album n’a d’équivalent que "BBH 75", "Alertez les bébés" (1976) et "Champagne pour tout le monde, caviar pour les autres" (1979). Du premier, il ne peut faire l’impasse sur "Mona Lisa Klaxon" ni sur "Paris New York, New York Paris", cette dernière complètement revisitée : éternel funambule, Higelin marche sur le fil de la chanson. D’"Alertez les bébés", il ressort "Le Minimum" et surtout "Aujourd’hui la crise", titre tellement prémonitoire qu’il est toujours d’actualité, trente-quatre ans plus tard, dans "Coup de foudre". Puis "Champagne" !

Lui qui rappelle s’être "construit dans le ventre d’une Liégeoise" nous plaint pour le coup : "Vous êtes moitié vous-mêmes dans votre propre pays." Pour dépasser ce "choc émotionnel", rien de tel que le chant, "OK, chorale ?". Sur les routes d’"Août Put", le public marche comme un seul homme. Après deux heures trente, c’est sur "Pars" qu’Higelin renvoie tout le monde à la maison. En sachant que la chanson se termine par "et surtout reviens-moi."