Musique / Festivals

C'est souvent lorsqu'on retrouve les gens qu'on réalise à quel point ils nous avaient manqués. Et qu'il est bon, ce vendredi, de voir, d'entendre et d'éprouver le retour de l'irrésistible Janelle Robinson dite Monáe. A 32 printemps, la native de Kansas City publie aujourd'hui un nouvel album, une décennie après nous avoir été révélée par la sortie de "Metropolis: Suite I (The Chase)", son premier EP.

Auteure-compositrice-interprète, tantôt chanteuse, parfois rappeuse, l'Américaine est aussi devenue actrice au cinéma, et c'est d'ailleurs cela qui l'éloigna un temps du micro. Alors qu'elle avait entamé le chantier de ce troisième disque début 2016, épaulée à l'époque par son mentor et ami Prince quelques mois avant qu'il ne soit emporté, le réalisateur Barry Jenkins l'engageait pour jouer dans son film ''Moonlight'' et lui offrait sa première incartade sur grand écran. Très vite, c'est un autre cinéaste, Theodore Melfi, qui la sollicitait pour lui offrir un rôle au casting de ''Hidden Figures''. Deux essais transformés haut la main pour une carrière dans le 7e art qui devrait à coup sûr connaître de prometteurs lendemains. Janelle Monáe sera d'ailleurs à l'affiche du futur long-métrage de Robert Zemeckis ''The Women of Marwen'', en novembre prochain.

Pourtant, dans cet agenda de Première Dame, Janelle Monáe a trouvé le temps de nous sortir son album le plus réussi, enivrant, abouti et remuant à ce jour. Loin de nous l'envie de déprécier l'excellent ''The ArchAndroid'' et le très bon ''The Electric Lady'' – publié respectivement en 2010 et 2013 – , mais force est de constater la cohérence et l'efficacité de cette plaque qui place définitivement la demoiselle tout en haut du panier des femmes qui comptent sur la planète musique, aux côtés des indéboulonnables Riri et Queen B mais aussi des dernières guerrières venues comme SZA ou l'explosive IAMDDB.


Un disque personnel en forme de manifeste (accompagné d'un mini-film-concept, ci-dessus) pour proclamer sa liberté (pan)sexuelle et son refus de limiter ses possibilités en matière de nuits fauve ou romantique. Janelle aime les garçons, les filles et les autres... "The Sky" et le plafond de la chambre sont les seules limites. Une femme des années 2010 qui confiait cette semaine à nos chanceux confrères de Rolling Stone se considérer "comme une enfoirée au cul libre". Un mantra qui a du chien, n'est-ce pas ?


"Dirty Computer" navigue en eaux éclectiques et fait escale à tous les ports de l'histoire des musiques noires populaires, comme en atteste les quatre singles d'ores-et-déjà clippés – avec soin et moyens – sur la toile. Il y eut d'abord en février ce "Make Me Feel" qui a le diable disco-funk au corps (et où l'on sent particulièrement l'influence du regretté Prince Rogers Nelson), et l'impeccable "Django Jane" où la chanteuse se mue diva rap et tire à vue sans faire de prisonniers. 

Début avril vint le tour de "PYNK", où Janelle Monáe retrouvait sa pote Grimes (qui l'invitait jadis sur son dernier album et le morceau "Venus Fly") le temps d'un voyage électro-pop à bord d'un cumulonimbus fuchsia. Un titre bondissant et une vidéo queer flamboyante où notre héroïne s'ébroue avec ses copines dans un pantalon bouffant en forme de vagin que n'aurait pas renié l'ami Bowie (ni le styliste japonais Kansai Yamamoto). Une sorte de phallisme inversé assez géniale. 

Enfin, sortait il y a quelques jours l'épicurien "I Like That", ode sensuelle r'n'b/pop à la poly-bagatelle, et son clip où la belle se démultiplie pour le plus grand plaisir de nos pupilles.Nous pourrions encore citer l'intro tout en douceur du titre-générique "Dirty Computer" en compagnie discrète de Brian Wilson, le coquin "Crazy, Classic, Life", "Screwed" avec le concours de Zoé Kravitz ou encore l'éloquent "I Got Juice" par et avec Pharrell Williams, autres attractions s'il en est d'un disque impressionnant. L'un des meilleurs de l'année jusqu'à présent.