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Inéluctable, la mort paraît toujours injuste, mais, parfois, cette injustice est ressentie avec une acuité particulière. Le violoniste, compositeur et arrangeur Jean-Pierre Catoul avait 37 ans. Dimanche soir, à Kraainem dans la banlieue de Bruxelles, la voiture qu'il conduisait a été percutée par celle d'un chauffard ivre, tout juste échappé d'une poursuite menée par des policiers de Schaerbeek.

«Nous sommes tous sous le choc devant cette disparition inattendue et stupide», commente le pianiste Michel Herr, qui a notamment participé à l'avant-dernier enregistrement de Jean-Pierre Catoul («Restless», avec Peter Hertmans). «37 ans, c'est très très jeune pour un artiste. Ces dernières années, ayant passé le cap du «musicien qui plaît», il allait vers plus de maturité. Il était d'une modestie totale vis-à-vis de tous ceux avec lesquels il travaillait.»

Né à Huy le 14 août 1963, Jean-Pierre Catoul a très vite mis la main au violon, dès l'âge de 6 ans. Outre l'instrument, il étudie le solfège et l'harmonie au Conservatoire de Liège. C'est là aussi qu'il passe par les regrettés séminaires de jazz, bénéficiant de l'enseignement de Michel Herr, du saxophoniste et flûtiste Steve Houben ainsi que du trompettiste Richard Rousselet.

En 1986, il a 23 ans lorsqu'il entre dans le quatuor à cordes de William Sheller. Ce dernier n'avait pas assez de mots pour clamer son enthousiasme vis-à-vis du jeune Belge qui a fini par devenir le directeur musical du «Symphomane».

Ils seront par la suite nombreux, du côté de la chanson, à bénéficier du talent de l'accompagnateur-soliste: Barbara, Stefan Eicher, Alain Souchon, Alain Bashung, Pierre Rapsat. Le 16 juin 1995, Jean-Pierre Catoul dirigeait les cordes de Robert Plant et Jimmy Page à Forest-National. Cette section changeait à chaque pays, mais les deux zeppeliniens furent tellement satisfaits de la prestation qu'ils réengagèrent Catoul pour les Pays-Bas

AGENT DOUBLE MUSICAL

Cette carrière dans la chanson, il la menait de front avec une autre, côté musique instrumentale. Là non plus, l'univers de Catoul ne s'embarrassait pas de frontières: jazz et musiques du monde s'y enrichissent mutuellement, comme en témoignent les disques avec l'accordéoniste Gwenaël Micault («Other Worlds») ou son duo avec le pianiste Charles Loos, intitulé «Sad Hopes» (!), et qui restera donc son dernier enregistrement. Tangos ou traditionnels turcs y font bon ménage avec un «Three for two» à la Stéphane Grappelli tant dans le titre que par le style.

En somme, Jean-Pierre Catoul était ce qu'on appelle un «chic type», chaleureux et enthousiaste, une personnalité qui ne pouvait manquer de se refléter dans son jeu, limpide, brillant et qui fera d'autant plus cruellement défaut.

Les funérailles auront lieu vendredi à 10 h à l'église de Wanze et l'incinération à 14h30 au cimetière de Robermont.

© La Libre Belgique 2001