Musique / Festivals

“Ma carcasse, chante-t-il dans un titre éponyme, c’est une monture que je ne ménage pas. (...) Peut-être un jour elle s’en ira. La dernière mue et puis tant pis pour moi.” C’est à cette carcasse, habitée par un homme plein de vitalité, qu’un accident vasculaire cérébral a décidé d’ôter la vie. En février dernier, dans la foulée de son 5e album, “Et parfois, c’est comme ça”, Jeff Bodart entame, à la Rotonde du Botanique de Bruxelles, une tournée qui doit, dans un premier temps, le mener aux quatre coins de la Belgique.

Ce concert, aux allures de showcase, est à l’image de ce que le chanteur quadragénaire (il est né à Charleroi le 30 septembre 1964), veut désormais faire passer : moins de gaudriole - sans pour autant rayer l’humour ou l’énergie - et davantage de confidences - sans pour autant virer au nombrilisme.

La chanson, c’est ce qu’il aime faire le plus au monde, confie-t-il en 2003 à la sortie de “T’es rien ou t’es quelqu’un”. “Avec un vecteur simple et concis, on peut dire tant de choses, et surtout en ayant l’air de ne pas y toucher.” (1)

Auteur-compositeur-interprète, Jeff Bodart fait parfois écrire ses textes par d’autres. Ceux qu’il surnomme “ma famille, mon cercle élargi d’amis, mes fidèles, ceux dans les bras desquels je tombe à chaque fois qu’on se voit”. Des textes qu’il aurait eu du mal à interpréter s’il les avait écrits lui-même. En fait, il demande à ses amis de révéler sa face cachée. Ils ont pour nom Kent (ex-Starshooter), Jacques Duvall, Rudy Léonet, François Bernheim ou Miossec. Si être chanteur, c’est raconter la vie des autres, lui, il se fait raconter sa vie par les autres.

C’est un peu un leitmotiv à chaque album qu’il sort, il veut “casser son image”. Celle où la forme l’emporte sur le fond. C’est une des raisons pour lesquelles il décide d’arrêter les Gangsters d’Amour, ce groupe rock de la région de Charleroi qui a arpenté avec un beau succès - il a notamment assuré la première partie de James Brown à Forest National - les scènes nationales et internationales dans les années 80.

Il a par ailleurs l’impression de faire du surplace, de se trouver derrière une douzaine de comparses sur scène et d’éprouver de plus en plus de difficultés à parler pour eux. Il décide alors de se la jouer solo (tout en débauchant les ex-Gangsters Olivier Bodson et Pierre Gillet) et sort, en 1994, le musicalement primesautier “Du vélo sans les mains”, pour lequel il insiste - déjà - sur l’indispensable lecture au second degré (“Le bonheur c’est comme faire du vélo sans les mains” - pas facile, hein !).

En véritable artiste qu’il est, il a une soif éperdue de décortiquer tout dans tous les sens. C’est aussi le propre des exigeants de se poser énormément de questions - trop ? -; de douter, toujours. Insatisfait chronique. En 1997 sort “Histoires universelles”. A cette occasion, Télérama parle du chanteur belge comme d’un bel humain et d’un bon artisan. Sa prestation, un an plus tard, sur la place de l’hôtel de ville à Spa devant quelques milliers de personnes, restera gravée dans toutes les mémoires de ceux qui y assistèrent. les Francofolies ont programmé une “fête à” (Jeff Bodart). Rien ne lui résiste et tout le monde festoie au rythme de ce diable de noceur.

En 2001, il assène “Ca ne me suffit plus”. A 37 ans, il a décidé de reconsidérer son petit système de chanteur exubérant et jovial. Il troque sa casquette contre un élégant chapeau. Il apprend à parler et à chanter à la première personne. Il a décidé de dévoiler une autre facette de sa personnalité. Les chansons se font plus graves. Tour que confirmera son dernier album.

D’autres facettes de sa personnalité, on pourrait encore en éclairer comme celle qui fit que, obligé, enfant, par papa-maman - par ailleurs parents de trois autres enfants - de jouer du piano, il préféra passer à la guitare acoustique puis à l’électrique. Nous arrivons alors au début des années 80 et Jean-François Bodart se retrouve dans une cave avec deux comparses à jouer de la musique punk. Leur groupe prend pour nom Spasmes ou Aphrodisiaque. La suite est connue à laquelle ce drame vient mettre un terme prématuré.

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Demain matin

Ma carcasse en live