Musique / Festivals

À 30 ans, la chanteuse-compositrice française sort Dreams, un premier album délicieusement touchant.

"J’ai deux icônes absolues" nous lance Joe Bel au téléphone. « Paul McCartney et Stevie Wonder. Le premier, c’est la mélodie, la fausse simplicité, ces chansons qui ont l’air d’avoir toujours existé. Le second, l’instinct et la soul. » Sans vouloir comparer la chanteuse française de 30 ans aux monstres précités, il faut reconnaître une chose : la plupart de ces éléments se retrouvent sur son premier album, Dreams, qui sort ce vendredi. 

Présentée il y a deux semaines sur la scène du Botanique avant sa sortie officielle ce vendredi, cette suite harmonieuse de chansons soul-folk bien écrites est LA découverte inattendue de ce début d’année, un condensé de douceur simple et belle, qui ne sombre jamais dans la facilité. « J’ai toujours peur de la niaiserie » réagit la rouquine timide, touchante et sincère. "Il y a quelque chose de naïf dans ma façon de composer, d’écrire mes paroles, ma musique, et j’aime ça. La naïveté permet de rester positif malgré nos angoisses, de s’émerveiller des petites choses de la vie, des émotions ressenties."

© D.R.

Cette fraîcheur presque candide donne l’impression que la jeune femme vient de débarquer, mais Joe Bel balade son minois dans le secteur depuis des années. En 2008, vingt petites années au compteur, elle quitte Grenoble pour Lyon sur un coup de tête, fait ses premières gammes avec "un ami d’ami pianiste", et finit par rencontrer sur futur manager en chantant dans une soirée. 

Mais à peu près au même moment, c’est l’embardée ! Tout son petit monde fait mine de s’écrouler lorsqu'elle apprend, à 22 ans, qu’elle attend un enfant sans vraiment l’avoir planifié. "Ce n’était pas vraiment prévu, je n’avais pas encore donné de vrai concert, mais je me suis dit que si j’avais eu la force d’accoucher, je pouvais trouver le courage de monter sur scène" se remémore la jeune maman. "C’est quelque chose dont je parle énormément avec les jeunes chanteuses que je rencontre. Nombre d'entre elles vivent avec cette crainte de devoir tout abandonner pour la maternité, faire un choix douloureux, un sacrifice. Mais ce n'est pas obligatoire. Il est tout à fait possible de mener les deux de front. Je dirais même qu'être mère, femme, et accomplie professionnellement est ce qu'il y a de plus épanouissant."


Quelques shows plus tard, elle est repérée par le chanteur-compositeur israélien Asaf Avidan, qui tourne dans toute l’Europe et l'engage en première partie. Bambin sous le bras, elle prend la route, enchaîne les concerts, et vient assez vite nous faire "coucou" en Belgique. "Il y a toujours eu un truc avec la Belgique" s’amuse-t-elle. "Plus qu’en France, d'ailleurs, où je pense qu’il y a moins de place que chez vous pour la diversité. La folk et la soul ne sont pas vraiment à la mode, et les Français n’aiment pas trop les francophones qui chantent en anglais." 

Nous finalement, peu nous chaut. Alors, pour contenter tout le monde, mademoiselle passe d’une langue à l’autre, chanter la vie, l’amour, la solitude,… Les grands thèmes de la chanson populaire, portés par sa voix semi-rauque, des choeurs bien dosés et un instrumental épuré. À l’heure où plus personne n’achète des CD’s, voilà un album qui s’écoute en boucle, sans début, ni fin, et vous imprime subtilement un sourire aux lèvres.

Dreams, sortie le 26 octobre, en concert en Belgique début 2019 (dates à confirmer)


Joe Bel, Dreams (***)

Attention, plaisir simple et peu coupable. Quatre ans après avoir foulé la scène du Botanique (Bruxelles) pour la première fois, Joe Bel sort un album délicieusement apaisant. Simple dans l’instrumental, chaleureux dans la voix, ce "Dreams" déroule neuf comptines folk sans jamais tomber dans la facilité. À l’écoute de "No, No", single d’ouverture parfaitement formaté pour la bande FM, on redoute un temps une énième rêveuse pop sans réelle profondeur. 

Puis viennent "In The Morning, "Ivory", "Before", "I Believe"… Autant de pépites chorales à la douceur communicative et la bonne humeur contagieuse. D’un titre à l’autre, la demoiselle passe de l’anglais au français, du ukulélé au piano, de la soul à la chanson, et vous ferait presque sourire un dépressif chronique. La vie est trop dure pour se priver de cette petite parenthèse acidulée.