Musique / Festivals

ENTRETIEN

Quel est le point commun entre Eric Clapton, Mick Taylor des Rolling Stones et Peter Green des Fletwood Mac, mis à part qu'ils jouent tous de la guitare? Comme d'autres musiciens, ils sont passés par les Bluesbreakers, le groupe qui accompagne le «parrain» du blues anglais, John Mayall. Depuis plus de quarante ans, le vieux lion de Manchester écume les scènes du monde entier, et les studios, et essaye toutes les formules qui lui passent par la tête: blues roots, jazzy, acoustique, électrique, il ne tolère aucune limite à sa liberté d'expression musicale. Au lendemain de son récent concert bruxellois, et quelques jours avant sa venue au Grand théâtre de Verviers, nous l'avons interrompu alors qu'il tentait de rassembler ses affaires pour faire ses valises.

Pas vraiment chaleureux, un peu bourru, mais toujours courtois, il a répondu à quelques questions de manière concise et en faisant comprendre qu'il ne servait à rien d'essayer de le faire bavarder pour rien.

Vous faites de la musique depuis plus de 40 ans. Vous n'avez jamais eu des envies de retraite?

Premièrement, un musicien ne prend pas de retraite. Cela étant, je bénéficie de certains avantages liés à ce qu'on appelle une retraite puisque je ne donne plus qu'une centaine de concerts par an et, quand nous sommes sur la route, nous ne prenons pas de congés, nous faisons tout d'un coup. Je suis donc libre les 2/3 de l'année.

Vous ressentez toujours le même plaisir qu'à vos débuts?

Oui, évidemment. Je considère toujours la musique comme mon moyen privilégié d'expression et je ressens toujours le même grand frisson quand je suis sur scène. Avec les Bluesbreakers, nous jouons ensemble depuis tant d'années, nous recréons nos morceaux chaque soir et cela reste notre plus grand plaisir.

Quel regard portez-vous sur l'évolution du blues? Est-ce la même musique qu'à vos débuts?

Le blues reflète toujours l'époque durant laquelle il prend place. Les sujets restent liés à ce que chaque bluesmen vit quotidiennement ou à l'état du monde qu'il peut observer. C'est une musique ancienne qui est restée fidèle à ses racines mais qui, à travers le temps, a su se renouveler à travers différentes générations de musiciens qui, à chaque fois, prennent le relais. A mes débuts, je me suis moi-même inspiré de Sonny Boy ou J.B. Lenoir et, à présent, c'est à mon tour d'être considéré comme un glorieux ancêtre, un parrain. Tout cela s'est fait naturellement, sans qu'on y pense vraiment.

Vous êtes attentifs à la nouvelle génération? Vous les écoutez?

Non, pas vraiment. J'en entends certains quand nous jouons dans les festivals mais quand je suis chez moi, je ne sors plus beaucoup pour aller aux concerts.

Comment expliquer la longévité du blues, qui n'a jamais été une musique «grand public» ?

Je ne sais pas. Les bluesmen ont toujours été en dehors de tout cela, ce n'est pas une musique de hit-parade. On ne participe pas à cette course au profit, on n'en est donc pas affecté. Le blues est une forme d'art, comme le jazz, qui n'est pas assujetti aux sondages de popularité. Cela a toujours été le cas. Et j'espère que cela le restera. Personnellement, j'ai toujours joui d'une grande liberté d'expression et ma compagnie de disques n'a jamais interféré dans mon travail. C'est une grande chance. Je n'ai jamais dû me battre pour préserver cette liberté.

En tant que «godfather» du blues, vous demande-t-on souvent le secret de votre longévité?

Non, pas tant que ça. En plus, il n'y a pas de formule miracle: personne n'a la garantie de pouvoir accéder à la longévité. La seule chose que je puisse suggérer aux jeunes musiciens est de rester vrai dans leur musique, de jouer ce qu'ils veulent vraiment. Il ne faut surtout pas essayer de deviner ce que le public veut, il faut jouer ce qu'on a envie et espérer que le meilleur advienne. Le blues, comme le jazz, sont avant tout des musiques que l'on va écouter dans les clubs pour partager un certain amour de la musique avec ses congénères. C'est le point le plus important à garder à l'esprit.

En concert mardi 14 mars au Grand Théâtre de Verviers, rue des Artistes 2, 4800 Verviers. Infos: 087/39.30.30.

© La Libre Belgique 2006