Johnny Hallyday, l'homme des stades

DOMINIQUE SIMONET Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

À PARIS

On n'a pas tous les jours 60 ans. Johnny Hallyday et Mick Jagger en savent quelque chose, qui vont tous les deux passer sexagénaires cette année, le premier le 17 juin, le second le 26 juillet. Il n'y a certes pas de commune mesure entre une star planétaire et une autre limitée à la francophonie. N'empêche, quels destins! L'un comme l'autre ont su s'inventer mais aussi se faire un prénom. Dites «Johnny», tout le monde pense au «Fils de personne» qui est «Né dans la rue», «Ouais, né dans la rue...»

Leurs racines musicales, elles aussi, sont fort semblables, dans la mesure où toute la musique qu'ils aiment, elle vient de là, elle vient du blues. Et on les imagine volontiers, ados, devant leur glace, Johnny s'essayant au déhanchement à la Presley, Mick se prenant plutôt pour Chuck Berry, mais ne dédaignant pas non plus les gimmicks du King. La chose est connue, ils s'apprécient mutuellement, et Jagger n'était pas le moins excité des spectateurs lors de la première d'Hallyday, le 26 avril 1969, au Palais des Sports de Paris. Enfin, dans leur rayon d'action respectif, ils sont les seuls à pouvoir remplir des stades, grâce à un charisme, une générosité et une énergie qui semblent sans limite.

Privé et artistique confondus

Johnny Hallyday aime mêler vie privée et vie d'artiste: pour ses cinquante ans, en juin 93, il s'offre le Parc des Princes, à l'époque le plus grand stade de France. A l'occasion de ses quarante ans de carrière, le 10 juin 2000, il rassemble 400.000 personnes au pied de la tour Eiffel, avant de s'emparer du Parc de Sceaux le 17 juin.

Mardi soir, la Porte de Saint-Cloud est un fameux foutoir, asphyxiée par la grève de fonctionnaires qui ne veulent pas entendre parler d'allongement de l'âge de la retraite. Allez raconter ça à Mr. Hallyday! Bien loin de ces revendications, lui lance sa tournée des 24 stades, et en grandes pompes.

On ne rigole pas avec l'entrée en scène. Au Stade de France, en septembre 98, il avait débarqué en hélicoptère, façon 101e Airborne. Cette fois, Johnny revient des airs, mais d'une altitude moindre: sur un plateau au bout d'un bras mécanique, il descend les 27 mètres de haut de la scène, raide comme une statue dans un grand manteau sombre Jean-Paul Gaultier, style entre Star Wars et Matrix. Pour l'accompagner dans cette descente aussi majestueuse qu'inquiétante, une musique de péplum hollywoodien, sur la mélodie de «Des hommes».

Arrivé au sol, il laisse tomber la cape dans un geste de Mousquetaire qui va croiser le fer, et attaque fort, très fort, avec «Que je t'aime». Trop fort? «Fils de personne» et «Gabrielle» qui se succèdent ont l'avantage de susciter l'adhésion instantanée des 60.000 spectateurs du Parc. Mais ni l'orchestre, ni la voix du chanteur ne sont encore à température de fonctionnement.

Ce sont deux ballades qui vont les mettre à niveau: «Pense à moi» et «Quelque chose de Tennessee». Un quatuor à cordes les accompagne, exclusivement féminin, tout de mini cuir vêtu, chevelure en crête, enfin, de quoi vous convertir, si vous ne l'étiez déjà, à ceux de Schubert et Beethoven.

Pas de stade sans duo

Depuis le Stade de France en 98, plus de concert sans duo. C'est devenu un rituel et, dans certains cas, un tremplin promotionnel. L'Acadienne Natasha St-Pier ouvre joliment le bal avec «J'oublierai ton nom». Par après, Marc Lavoine se tirera fort honorablement de l'exercice («Je n'ai jamais pleuré»), Jenifer se plantera magistralement sur «Je te promets» (ça promet aussi pour Bruxelles où elle est annoncée), et Gérald De Palmas tirera les marrons du feu avec «L'instinct».

L'instinct, ce n'est pas ce qui manque à Johnny. C'est lui qui parle dans l'interprétation d'«Oh Carole», adaptation de «Carol» popularisé par Chuck Berry et qui fut aussi un hit... des Stones. Depuis 98 encore, pas de stade sans grand orchestre. Les 57 cordes, cors français, etc. sont lâchés sur «Diego» de toute beauté. Plus capable de produire des hits, le bientôt sexagénaire? Et «Marie» alors? Suivie par «Vivre pour le meilleur», elle est magnifiée par une orchestration grandiose.

Le feu au Parc

Avec tout le spectaculaire qu'on imagine, «Allumer le feu» (texte de Zazie) lance la seconde partie du spectacle. A côté de quatre choristes-danseuses au casting très réussi, les cuivres entrent en jeu: tout va en crescendo, sur fond de bon vieux rhythm'n blues d'antan: «Je veux te graver dans ma vie» (Lennon-McCartney), «Aussi dur que du bois» («Knock on Wood», d'Eddie Floyd et Steve Cropper, aussi popularisé par Otis Redding), «Je suis seul» («What is soul», de Ben E. King), et l'on prend du son Stax plein la tronche.

Plus discutables sont «Le pénitencier» et l'hommage au rock'n roll («Lovin'You», «Blue Suede Shoes», Tutti Frutti», «Whole Lotta Shakin Goin On»). Pas grave, avec une spectaculaire intro de deux grosses percussions, «L'envie» remet la pression. «Essayez», avec son texte splendidement idéaliste de Philippe Labro, se termine dans une ferveur gospel, la foi se lisant dans les yeux du chanteur, et «La musique que j'aime» clôt le spectacle dans une explosion R'nB, au milieu d'un gros feu d'artifices. Un seul rappel, mais magnifique, «M'arrêter là», avec juste Yvan Cassar au piano.

A 60 ans, Johnny Hallyday prouve qu'il est encore là, et bien là. Moins spectaculaire qu'en 98, le show laisse plus de place à la musique et à cette voix de lion revenu de tous les combats. A 60 ans, Johnny est tout, sauf le chanteur abandonné.

En concert le 18 juin au stade Roi Baudouin à Bruxelles. 0900/ 00 991, www.ticketclub.be et points de vente habituels.

Coffret 5 disques «Les 100 plus belles chansons», Universal Music.

© La Libre Belgique 2003

DOMINIQUE SIMONET

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