José van Dam, héros de la simplicité

Martine D. Mergeay Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals Rencontre

Comment peut-on être José van Dam, baryton-basse célèbre dans le monde entier, incomparable Wozzeck, Sachs ou Boris, comptant des dizaines d’enregistrements à son actif, multipliant les distinctions, anobli par le roi Albert II, et rester aussi simple, aussi drôle, aussi proche ? Ce doit être une vertu belge, et même bruxelloise, c’est aussi la marque universelle des grands.

En 2010, José van Dam aura septante ans. Un âge charnière pour un chanteur, qui n’empêche ni l’action, ni le rayonnement artistique, ni même la scène, pourvu que l’on soit stratégique A la veille de cette année de célébrations, nous avons rencontré l’artiste à la Monnaie, au cours d’une interview collective, menée par notre consœur Erna Metdepenninghen, et ensuite en tête-à-tête, où il fut surtout question d’enseignement.

A la question de savoir lequel des trois anniversaires lui semble le plus important, le baryton-basse choisit le trentième : "Mes débuts à la Monnaie ont marqué un tournant : avant, lorsque j’étais invité à des réceptions, l’ambassadeur des Pays-Bas pensait que j’étais hollandais, celui de France pensait (évidemment) que j’étais français, et en Belgique, personne ne me connaissait. Après, j’ai enfin été reconnu comme chanteur belge, en Belgique et à l’étranger !"

Pour ce qui est du chiffre 50, le héros du jour nous décrivit les étapes d’un parcours sans faute, où les chances les plus extraordinaires trouvèrent naturellement leur place. "Je n’ai pas choisi le chant, c’est le chant qui m’a choisi", on connaît la chanson Mais comment ne pas y croire une fois ? Grâce à sa jolie voix d’enfant, José chanta pour le mariage d’un voisin garagiste et rencontra à cette occasion celle qui allait lui enseigner la musique et le piano, Madame Ehrat. A 14 ans, après sa mue, il fut immédiatement repéré par les plus grands professeurs, dont Frédéric Anspach, qui lui conseilla tout d’abord de ne pas chanter pendant deux ans, et l’accueillit ensuite au conservatoire de Bruxelles dont il sortit un an plus tard, muni d’un premier prix. Engagements à Paris, puis à Berlin - où sa rencontre avec Herbert von Karajan fut déterminante -, puis dans le monde entier ; enfin, au début des années 80, à La Monnaie, à Bruxelles.

"Première règle : être généreux, se donner à fond. Deuxième règle : ne pas aborder un rôle qui vous fait peur, toujours chanter ce pour quoi on se sent prêt."

Pour sa part, José van Dam a suivi cette règle, ce qui l’a amené à chanter les plus grands rôles dans les plus grandes maisons avec les plus grands chefs sans que cela ne lui monte à la tête. Ce qui l’attire dans un rôle ? "Pouvoir creuser le personnage, aller au plus profond de sa vérité ; à cet égard, tous les rôles que j’ai voulu chanter, je les ai chantés ! Sachs, Golaud, Figaro, le Hollandais, Don Giovanni, Philippe II, Wozzeck etc." (la liste est longue). Il n’aura pourtant chanté ni Sarastro - Karajan, séduit par la noblesse de son timbre, le lui avait pourtant demandé - ni Wotan, auquel il préféra les rôles wagnériens plus lyriques. Il est arrivé tard au lied : "Etre seul en scène, devoir me représenter moi-même comme artiste, m’intimidait affreusement." Par contre, le cinéma ("Don Giovanni", "Babel Opera", "Le Maître de Musique") lui a semblé une récréation : "C’est un tout autre métier, on peut refaire des prises, c’est beaucoup moins stressant, on s’amuse beaucoup."

Quant au septantième anniversaire, outre une grande fête-concert cet été dans les jardins du Château de Laeken, et des sorties discographiques inédites, il sera fêté à La Monnaie, à l’occasion d’une production sur mesure : l’émouvant "Don Quichotte" de Massenet, dont José Van Dam chantera le rôle titre. La direction musicale est confiée à Marc Minkowski et la mise en scène à Laurent Pelly, un des rares à trouver grâce aux yeux de José van Dam, de plus en plus excédé par les "imbécillités et les illogismes de certains qui ne songent qu’à servir leur propres fantasmes".

Le choix s’est donc porté sur un opéra français en français, la langue la plus difficile du répertoire lyrique, mais dans laquelle José van Dam, à l’inverse de tant de chanteurs (y compris français), excelle : "Compte-tenu des faiblesses musicales parfois rencontrées, la prononciation est essentielle : il faut au moins sauver le théâtre (rires) ! Je ne parle pas des exceptions : "Pelléas", hors concours, "La Damnation de Faust", incroyablement moderne, "Carmen", immuable chef d’œuvre, et, dans son genre, "Dialogues des Carmélites" ; mais "Werther" ou "Don Quichotte", malgré le génie de Massenet, restent des opéras irréguliers "

Et toujours à propos de la prononciation : "La règle d’or, dans toutes les langues, est de faire sonner les consonnes, ne pas hésiter à les exagérer, tout découle de là : le legato, la compréhension du texte, l’expression poétique et dramatique."

C’est soudain le professeur qui se révèle et s’anime. "Pour arriver à devenir un "grand" chanteur, la passion est primordiale." Et pour faire carrière ? "Les critères sont nombreux : il y a la beauté de la voix, évidemment, mais elle n’est pas tout, la personnalité de la voix - miroir de l’âme - peut être plus importante encore ; il faut, je le répète, la passion, à distinguer de l’ambition, cette dernière utile mais demandant à être canalisée ; il faut l’instinct (tout le monde ne l’a pas) qui vous permet de distinguer vos possibilités et vos limites ; il faut aussi l’ouverture intellectuelle qui vous porte à comprendre le contexte de ce que vous chantez. Notant que le chant est un métier à risque, et que vous ne rejoignez jamais l’idéal qui vous habite "

Dans son travail d’enseignement (notamment à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth), la relation entre maître et disciple est-elle animée par cette même passion ? "Ce serait l’idéal, mais le contexte est éclaté, les jeunes chanteurs sont partout à la fois, menant déjà une carrière parallèle. Il y a un nouvel équilibre à trouver, où jeunes chanteurs et professeurs s’engagent à fond, ensemble. "

nfo : www.lamonnaie.be

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