Musique / Festivals L’album qui a révolutionné la pop fait l’objet d’une luxueuse réédition pour ses 50 ans.

Considéré comme la pièce maîtresse de la discographie des Beatles mais aussi comme un des disques les plus importants de tous les temps, le mythique "Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band" fera l’objet d’une édition Deluxe le 26 mai, quelques jours avant le 50e anniversaire de sa sortie le 1er juin 1967.

Du jamais vu !

Plusieurs déclinaisons sont annoncées, du simple CD bénéficiant d’un nouveau mixage au coffret 4 CD, DVD et Blu-ray dans lequel le fan trouvera des clips promotionnels restaurés en 4K de "Strawberryfields Forever", "Penny Lane" et "A Day In The Life", de nombreuses versions de travail des titres de l’album, un making of filmé et un livret de 144 pages. En dehors de quelques raretés comme une version "perdue" de "Lucy In The Sky With Diamonds", il a surtout de quoi plonger au cœur de la confection d’un album jugé révolutionnaire à plus d’un titre.

Les quarante minutes de "Sgt. Pepper" ont changé pour toujours la face de la pop. A la variété des instruments et des genres musicaux abordés sont venus s’ajouter l’utilisation d’innovations technologiques et d’innombrables expérimentations sonores. Un millefeuille musical enregistré sur quatre pistes seulement - un exploit au regard des dizaines voire des centaines de pistes qu’utilisent aujourd’hui la plupart des artistes lorsqu’ils enregistrent ! - dans les désormais célèbres studios Abbey Road. Du jamais vu à l’époque !

Le sommet

Connus des fans les plus acharnés des Beatles, les extraits des sessions d’enregistrement proposés dans cette réédition luxueuse vont permettre au grand public de s’immerger dans le processus créatif d’un groupe à son apogée et qui reste indétrônable un demi-siècle plus tard. Car "Sgt. Pepper" est bien le dernier disque des Beatles écrit, composé et réalisé par un groupe uni comme le rappelait John Lennon dans un entretien publié par le magazine "Rolling Stone" en 1970. "C’était le sommet, confiait-il, Paul et moi, on travaillait vraiment main dans la main." Dans "The Beatles Anthology" paru en 2000, Ringo Starr confirme : "‘Sgt. Pepper’ a été notre plus grand effort […] Ce qui était génial avec le groupe à l’époque, c’est que nous utilisions la meilleure idée proposée, peu importe qui l’ait formulée."

"Sgt. Pepper", c’est aussi le premier album concept de l’histoire. L’idée de base a été émise par Paul McCartney. Fin 1966, de retour de vacances au Kenya, le bassiste imagine enregistrer le concert d’un groupe fictif interprété par les Beatles. Une manœuvre qui avait pour but de libérer les quatre de Liverpool de toute contrainte. "Nous en avions assez d’être les Beatles. Nous haïssions vraiment cette approche de quatre petits garçons gentillets. Nous n’étions plus des gamins, nous étions des hommes. C’en était fini de tout ce truc de ‘garçons’. Tout ce racolage, nous n’en voulions plus. On se voyait alors comme des artistes plutôt que de simples interprètes. Et puis soudain j’ai eu cette idée dans l’avion. Je me suis dit, ‘ne soyons pas nous-mêmes. Développons des alter ego de sorte qu’on n’ait pas à projeter une image qu’on connaît. Ce serait tellement plus libre.’"

Liverpool

La ville de Liverpool, berceau des Fab Four qui y sont nés en 1960, entend également célébrer comme il se doit l’anniversaire de ce monument de la musique. Elle a mandaté treize artistes qui ont pour mission de créer une œuvre en lien avec un des treize titres du disque. Parmi eux figure le Britannique Jeremy Deller, lauréat du prestigieux prix Turner en 2004 et connu pour ses œuvres engagées tant sur le plan social que politique. Un festival divisé en deux parties - comme les deux faces d’un 33 tours - est également annoncé entre la fin mai et la mi-juin.


Un visuel devenu œuvre d’art

La pochette de "Sgt. Pepper" est indissociable de la musique qu’elle renferme. Œuvre d’art à part entière, récompensée par un Grammy Award en 1967, elle fait partie des objets mythiques du rock’n’roll. Réalisé par l’artiste Peter Blake, un des pères du pop art, et son épouse Jann Haworth, le montage qui la constitue a été immortalisé le 30 mars 1967 par le photographe Michael Cooper. Sur cette pochette, on peut y voir John (Lennon), Paul (McCartney), George (Harrison) et Ringo (Starr) entourés d’une galerie de personnages choisis par eux-mêmes. Parmi ceux-ci figurent Fred Astaire, Marilyn Monroe, Stan Laurel et Oliver Hardy, Albert Einstein, Bob Dylan, Oscar Wilde ou encore Shirley Temple. Un brin provocateur, John Lennon avait suggéré d’y inclure Jésus, le Mahatma Gandhi et Adolf Hitler. La maison de disque EMI a refusé en raison des controverses que cela aurait entraîné et des conséquences possibles sur les ventes de l’album.