Musique / Festivals

La semaine dernière, Justin Timberlake publiait son cinquième album depuis l'embrasement de sa popularité – musicale s'entend – avec le désormais mythique "Justified" en 2002. A tout juste 37 ans, cet enfant du Tennessee, de Randall et Lynn Timberlake, et de Disney Channel (où il connut le début de sa notoriété), est ce qu'on appelle plus communément une superstar (inter?)planétaire. Un poids très lourd du music business international dont le nombre de plaques vendues se comptent en dizaines de millions.

Cette nouvelle sortie, l'enfant chéri de l'Amérique l'avait forcément fomentée en amont et avec précision, amorçant son retour dès 2016 en réalisant la bande-originale du film d'animation pour enfants Les Trolls – la kids credibility de Justin est assurée jusqu'à sa mort grâce à Mickey – , puis en confirmant la date de sortie de "Man of the Woods" lors d'une performance remarquée à la mi-temps du 52e Super Bowl (cette fois sans Janet ni téton ajouté). Et, sans surprise, ce cinquième album caracole déjà en tête des charts et du Billboard américain, avec quelques 300 000 unités vendues dès sa première semaine d'exploitation.

D'entrée, le titre de ce nouveau chapitre a suscité en nous des images et des craintes, que l'on sait aujourd'hui non justifiées. Voilà soudain que notre Justin Timberlake, éternel golden boy au smoking toujours taillé sur mesure et au smile Pepsodent, avait des envies de classe verte et des aspirations de garde forestier. Un "homme des bois" que l'on imaginait tel l'Alexander Supertramp du film "Into the Wild", couché sur le toit de son mini-van un pissenlit entre les dents et fredonnant "Cry Me a River" en yaourt. Un court instant, on a même craint un featuring transgénérationnel avec Eddie Vedder, mais heureusement, il n'en fut rien.


Non, ce cinquième disque est plutôt l'occasion de remonter vers la source pour le kid de Memphis. Un retour à ses origines, à la musique du sud, à ce patelin nommé Millington où Timberlake a grandi. Une histoire de famille, comme le chanteur le dit – "cet album est véritablement inspiré par mon fils, ma femme, ma famille et mes origines" – , de pedigree aussi – "l’endroit où j'ai grandi regorge d’influences. Memphis est le berceau du rock and roll, mais également la terre du blues, et comme Nashville n’est pas loin, on y trouve aussi beaucoup de musique country".

S'il trempe ici ses envies groovy dans la tradition, Timberlake ne sacrifie pas pour autant la modernité de ses productions. Le chanteur s'y colle sur tous les morceaux, on trouve en outre la clique des Neptunes sur la quasi totalité des pistes, mais aussi son éternel complice Timbaland et la paire prestigieuse Danja et Rob Knox qui tous deux ont déjà sévit dans le passé pour l'ami Justin. Côté invités, la liste est assez courte. On croise Chris Stapleton, chanteur du groupe The Steeldrivers, au fil du titre "Say Something", plus country donc mais point trop, ou alors dans le sens "Nickelback" du terme. Puis, il y a la belle Alicia Keys le temps de "Morning Light", un blues gorgé de soleil, une partition aussi simple que délectable et des mots d'amour jetés dans les nuages par deux des voix les mieux maîtrisées du game musical contemporain.


Le premier single balancé, "Filthy" et ses soubresauts électros, fait figure d'exception et, s'il est efficace, n'est finalement pas du tout à l'image de la plaque. Derrière, "Midnight Summer" dégaine ses gimmicks entraînants et ses guitares funky, jusqu'à "Sauce" plage 3, dans un format très pop lui aussi taillé pour le dancefloor, un rien coquin et grivois.

Avec le titre-générique, "Man of the Woods", Timberlake change de registre et navigue entre folk, soul et country… Une rengaine chaude et souriante, un peu comme si Jack Johnson entrait dans le 21e siècle et devenait cool. "Higher Higher" se fait plus langoureux, on y retrouve un Justin que l'on aime aussi, celui dont la voix glisse sous les draps, celui qui émoustille les filles et qui énerve les gars.


Avec "Wave", le rythme s'accélère un brin, le petit riff de guitare revient. Puis vient "Supplies", premier track véritablement hip hop, synthétique et lent, clairement susceptible de faire grimper le mercure mais néanmoins un peu décevant, notamment en raison de ce pont de fin quelque peu chancelant. Après la petite interlude "Hers" au piano, on ne quitte pas la planète country-folk sur "Flannel". Le chant de Timberlake y frise l'envie gospel par moment, voire la ballade pastorale… Du Simon Garfunkel version Fruitella, un peu kitchoune quand même.

La fin de l'album va d'ailleurs aller decrescendo. Après "Montana", une prod' funky down-tempo qui lorgne vers les travaux de Daft Punk, et "Breeze off the Pond", qui suit le même chemin, rien ne va plus… "Livin'Off the Land" ressemble à s'y méprendre au morceau précédent, "The Hard Stuff" se révèle une chansonnette country larmoyante plutôt moche… Enfin, sur "Young Man", les cordes et les refrains réchauffent, mais le morceau reste anecdotique et curieusement placé à la fin d'un album, dont nous nous serions facilement passés des quatre derniers tours de piste.


> 1CD (RCA/Sony). En concert à Anvers (Sportpaleis) les 17 et 18 juillet.