Musique / Festivals Agitateur professionnel, King Khan a sérieusement allumé le public du festival hennuyer dédié au blues rock, jeudi soir.

Ladies and gentlemen, mesdames et messieurs, prière de faire un triomphe au suprême génie, le merveilleux, le sensationnel, l’époustouflant : Kiiiiiiiiing Khaaaaaaan !" Dix secondes après avoir fait leur entrée sur scène, les sept musiciens qui composent King Khan and the Shrines taillent un triomphe sur mesure à leur chanteur vedette et guru autoproclamé : Arish Ahmad Khan. Improbable rock star psychédélique originaire de Montréal qui s’échine depuis près de vingt ans à dynamiter les salles de concert où il se produit, quand il ne se fait pas expulser pour conduite inappropriée.

Coiffé d’une grande couronne de plume, l’homme providentiel fait donc son entrée sur la scène du festival hennuyer et vient dandiner son corps ventru sous les yeux d’un public médusé. Complices de longue date du frontman déjanté, ses hommes de main assurent parfaitement le volet musical. Basse, guitare et batterie imposent d’entrée de jeu un rythme nerveux propre au garage rock que les envolées successives du clavier et des cuivres propulsent dans un univers soul absolument irrésistible. A condition, évidemment, d‘avoir envie de danser. Plus habitué à taper du pied qu’à secouer son fessier, le public de Lessines met un peu de temps à décanter et courrouce quelque peu son altesse royale qui demande "poliment" aux spectateurs de "transpirer un peu", avant d’envoyer son bassiste dans l’arène pour provoquer le mouvement de foule désiré.

Fred n’a rien perdu de son doigté

Un peu plus tôt dans l’après-midi, le plus célèbre trio blues du pays avait déjà réussi l’exploit de faire sauter la moitié de l’assistance sur un hymne rock’n’roll endiablé à la gloire du festival. Toujours aussi irréprochable techniquement, Fred Lani fréquente le Roots and Roses depuis sa première édition en 2010 mais n’était encore jamais venu y balancer ses solos enflammés avec les deux "Healers". Le batteur Nicolas Sand et le bassiste Cédric Cornez, affublé pour l’occasion d’une ignoble chemise noire à tête de mort qui remporte haut la main le titre d’accoutrement le plus désuet dans un festival qui en compte beaucoup. C’est tout le charme de ce rendez-vous festif définitivement tourné vers le passé. Ici, le jeans se porte en veste, la banane sur la tête et les bières spéciales arrosent copieusement la délicieuse cuisine locale qui compte dans ses rangs "le plus gros hamburger de la région". Répartis sur deux scènes où les groupes jouent systématiquement en alternance, Driving Dead Girl, The Henhouse Prowlers, White Cowbell Oklahoma et les grands rastas canadiens de Big Sugar avaient la difficile mission d’ouvrir les hostilités, et de confirmer sur le terrain la prometteuse diversité d’une affiche qui ne cesse de gagner en qualité.

The Sonics, les vrais papys du rock

Ici, le blues côtoie le rock, le bluegrass et la country représentée pour l’occasion par les mélodies envoûtantes des Américains de Pokey Lafarge.

Malheureusement pour ces musiciens raffinés sortis tout droit des années 30, le son est un peu trop léché pour un début de soirée et la Moinette commence à affecter un public dissipé qui cause un peu trop fort pour se laisser embarquer. L’œil torve et le rire gras, il est grand temps pour l’assemblée de se déplacer vers la tente d’à côté pour assister au grand final de ce jeudi 1er mai, le retour des fondateurs du garage rock : The Sonics. Les vrais papys du rock, ceux qui savent encore balancer du gros son quand il faut à plus de 70 ans. Le chanteur claviériste Jerry Roslie manque un peu de coffre et on se demande toujours pourquoi le groupe a gratifié deux fois l’audience de son tube intergénérationnel ‘Psycho", mais l’imposant bassiste Freddie Dennis assure toujours autant, et le retour de King Khan clôture cette journée en beauté. Coiffé d’un gigantesque cône de papier et d’une salopette, l’indésirable vient sautiller derrière le groupe qui ne se laisse guère perturber, avant d’être gentiment évacué par la sécurité.