Musique / Festivals

Ce n'est pas parce que le festival a changé de nom qu'il a changé de philosophie. Après une première partie consacrée aux artistes jazz, la seconde partie, traditionnellement plus ouverte musicalement, débutait jeudi soir par une affiche qui a rameuté la grande foule : The Herbaliser et Erykah Badu. De duo un rien avant-gardiste, dans leur manière de mélanger funk et hip-hop, Herbaliser s'est transformé en quintette à la réputation d'ambianceur bien installée. Dernier grand changement en date : un déménagement de Ninja Tune, dont ils ont forgé une partie de la légende, vers K7 !. Point de vue musical, par contre, aucune révolution n'est à l'ordre du jour comme le confirme le dernier album en date "Same as it never was".

Brown et Bond

La formule "James Brown meets James Bond" pour définir leur musique vient d'eux-mêmes. Un peu réductrice... Certes, les influences de John Barry, Lalo Schifrin, Quincy Jones et Serge Gainsbourg ne sont pas cachées mais en huit albums, et aucun raté, Jake Wherry et Ollie Tebba, les deux têtes pensantes, ont trouvé une manière bien à eux de les interpréter. C'est grâce à cette recette, dont la base est une section rythmique infernale, qu'ils réussissent à tous les coups à faire danser les salles. Les seuls moments plus plats étant lorsque la blonde Jessica Darling vient chanter. Non pas que son talent soit mis en cause mais la place que doit laisser le groupe au chant les enserre alors dans des compositions aux structures plus traditionnelles. C'est avec une certaine impatience que l'on attend de retrouver Erykah Badu moins de trois semaines après son concert à Couleur Café. Celui-ci nous avait fait une telle impression que l'on était heureux de pouvoir l'apprécier sous un chapiteau plus intimiste et disposant d'un confort d'écoute supérieur. Et le moins que l'on puisse dire c'est que l'on n'a pas été déçu. La soulwoman se révèle une nouvelle fois complètement habitée par son message. Lequel ? Hum, pas facile à expliquer. Il y est question d'amour mais aussi d'une révolution pacifique à mener "contre les puissances" et, comme elle le chante sur "The Healer", de hip-hop "bigger than the governement". Ce n'est pas nouveau, depuis son premier album "Baduizm", Erykah Badu se comporte comme une grande prêtresse dont le discours emprunte autant aux Black Panthers, qu'à MLK ou Sun Ra pour le côté psychédélique. Et cela marche. Par la grâce d'un charisme incroyable mais aussi d'une liberté artistique qui la voit revisiter l'ensemble des musiques noires à sa manière. Sans oublier le souci de rester en communication constante avec un public suspendu à ses lèvres. Durant tout le concert, la Badu prouve, en fait, qu'elle est l'héritière contemporaine la plus crédible d'une longue lignée de divas soul, grandes amoureuses doublées de grandes combattantes. Et devant une diva, on ne peut que s'incliner. En reconnaissant que ses deux prestations belges de cet été font partie, sans l'ombre d'un doute, des meilleurs concerts auxquels on a assisté ces dernières années.