Musique / Festivals

Premier des candidats à aborder l'épreuve Mozart, le Kazakh Stanislav Khegay, 21 ans, a choisi le concerto k. 271, qui lui irait comme un gant si le jeu était plus stable et un rien plus puissant. Réserves auxquelles s'ajoute, dans l'allegro initial, une erreur d'entrée (rattrapée avec brio par Goodwin)... C'est pourtant à partir de là, que cet étonnant garçon se ressaisit : il offrira un andantino d'une intensité poignante, révélatrice de sa profonde musicalité, avant de renouer, dans le rondo, avec ses joyeux délires, attestant une incroyable capacité d'invention, d'improvisation, et de dialogue "hic et nunc", parfois très drôle, avec l'orchestre.

Après tant de versatilité, la prestation de notre compatriote Philippe Raskin, 25 ans, est un modèle de rayonnante autorité, d'autant qu'il a choisi le concerto K. 466, un des plus étoffés et virtuoses de la série. Mozart s'y est pourtant peu manifesté, écrasé par un jeu trop puissant et toujours affirmatif, à la limite de la lourdeur, notamment dans le deuxième couplet de la romance (trop objective et peu chantante). Pourtant, avec les moyens fabuleux qui sont les siens, Raskin pourrait tout faire, y compris jouer plus piano, baisser la garde et interroger la musique. On attend l'é- preuve du récital.

Au premier tour, la Coréenne Miyeon Lee, 24 ans, avait joué le prémonitoire "Regard de l'esprit de joie", de Messiaen, un moment miraculeux au sein des épreuves dites "techniques". C'est ce même regard que cette "passeuse" porte sur tout ce qu'elle aborde : sur l'op. 2/3 de Beethoven, d'un équilibre parfait entre inventivité et intégrité - choral de l'adagio énoncé comme une prière, scherzo frondeur, rondo final jubilatoire; sur un Defoort captivant par ses couleurs et sa dynamique; sur "Après une lecture du Dante" de Liszt, déployé dans sa complexité structurelle avec une énergie, une clarté et une aisance confondantes.

Russe, âgée de 22 ans, Zlata Chochieva abordera tout son programme avec la puissance sonore, l'agilité et la dureté qu'on lui connut déjà au premier tour : après un Defoort rageur et monochrome, la pianiste offrira une version brillante, précise et froide des Etudes Symphoniques de Schumann, et une sonate de Prokofiev (7e) percussive à fond (c'est écrit ainsi) mais hélas écrasée de bruit, privée de sa progression harmonique et ne conduisant donc nulle part.