L’expressivité de Bouchkov

Nicolas Blanmont Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Comme mardi, la Princesse Mathilde est venue entendre un concerto de Mozart, mais cette fois en compagnie du petit prince Emmanuel. Les deux candidats de l’après-midi ont choisi le même opus, le la majeur K. 219 : l’un et l’autre ont opté pour les cadences Joachim, et ne jouent pas les tutti.

Chez Artiom Shishkov, le jeu est fluide et franc, mais la sonorité souffre de petites inégalités, et l’intonation n’a pas toujours toute la précision requise. Le Biélorusse exprime une belle sensibilité dans l’adagio mais, jusque dans le rondeau final, on aimerait un soupçon de retenue, et surtout de personnalité en plus.

Il y a aussi quelques petites scories dans les premières mesures de Nancy Zhou. Mais, très vite, la jeune Texane reprend les choses en main et livre une lecture parfaitement maîtrisée, mais aussi parfaitement prévisible, comme sur des rails. L’approche est celle d’un grand concerto romantique, et l’adagio est donné les yeux fermés, dans une recherche du son plus que du sens : formellement parfait, mais on s’ennuie un peu. Le rondeau final révèle la candidate plus détendue, sans pour autant que l’on ressente la moindre surprise.

Usure des jours ? Même l’orchestre trahit çà et là un peu de déconcentration. Tatsuki Narita fait partie des trop rares candidats qui ont fait le choix de la musique de chambre, et pas seulement des grands morceaux de bravoure, pour leur programme.

Entre Mendelssohn et Ravel, le jury a choisi le Français, mais c’est avec ses deux imposés belges que le Nippon ouvre sa prestation. Le "Caprice" de Kissine est donné avec puissance et célérité, une espèce de force brute que l’on retrouvera également dans la sonate d’Ysaÿe. Campé face au public, les jambes légèrement écartées, Narita développe un jeu très physique : il n’hésite pas à prendre des risques, trébuche parfois légèrement, mais on ne s’ennuie pas un instant.

Le feu du candidat brûle toujours dans "Nigun" d’Ernest Bloch, qui montre une belle capacité d’intériorité. Elle sera confirmée dans sa sonate de Ravel, même si l’approche semble un peu distante, voire froide, dans l’allegretto initial. Le blues est empreint d’une élégance presque britannique, tandis que le "Perpetuum mobile" final est enfin le feu d’artifice attendu.

Même attitude de combattant face au public, et même jeu athlétique pour Marc Bouchkov. L’unique rescapé belge de cette session ouvre avec la sonate d’Ysaÿe, tour à tour puissante et rêveuse, puis enchaîne avec "Caprice". Ici encore, tout le corps est en mouvement pour une lecture vive et astucieuse, riche en couleurs et en expressivité. Beauté et souffrance, virtuosité et lyrisme, intensité et tendresse : son "Poème" de Chausson est tout à la fois, et la salle est captée.

Finale en apothéose et retour à Ysaÿe avec le caprice d’après l’étude en forme de valse op. 52 : brillant, subtil, charmeur, ample dans sa sonorité, héroïque, le Belge se montre souverain. Sauf à rater complètement son Mozart, il mérite une place en finale.

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