Musique / Festivals

On ne parlera plus de foule mais de marée humaine pour décrire l'affluence de ce jeudi après-midi au Conservatoire, rehaussée en seconde partie par la présence de la reine Fabiola.

Pas de Belge, pourtant, c'est le Suisse Francesco Piemontesi, 23 ans, qui ouvre la séance avec le concerto n°17, mené les yeux dans les yeux avec l'orchestre : toucher rond et clair, simplicité, netteté des articulations, dans l'allegro initial, son jeu raffiné sonne très XVIIIe.

Sublime conduite de l'andante, pourtant très découvert, à la Haydn, et allegretto mesuré jusqu'à l'arrivée du presto final, au caractère bouffe, éclatant d'énergie et de brio. Le caractère classique de Mozart porté à son sommet, du grand art.

Après ce parti de maîtrise et de style, la belle Italienne Mariangela Vacatello, 25 ans - qui avait fait forte impression au premier tour -, fait entendre dans le concerto n°21 en ut majeur une approche essentiellement dynamique et contrastée, inscrite dans un jeu perlé, bondissant, parfois précipité. Le célèbre andante, ne semble pas inspirer beaucoup la candidate qui en donne une version raide et peu chantante. Et si le joyeux rondo final connaît plus de vie et d'élan, c'est une fois encore sans grande invention, dans un tempo trop rapide et déstabilisant.

Le plus beau moment de la séance (du jour, de la semaine, de l'année ?) sera le récital donné par l'Ukrainien Vadym Kholodenko, 20 ans, qui ouvre avec un imposé très personnel, confirmant le magicien des couleurs, à la dynamique ultra-longue, capable de toutes les nuances d'intensité.

Orchestré par notre candidat, l'avantageux Campéador de Leon Jongen en devient aussi chatoyant que le plus beau des Ravel; les 3 Klavierstücke de Schubert, donnés dans un silence voluptueux, traversent l'insouciance, l'espoir ou les appels passionnés de leur auteur, au son de la cithare, des trompettes ou des timbales (parfois même du piano) dans un temps suspendu, aboli, infini. Vient encore Liszt, à la virtuosité invisible, dont chaque épisode sera investi de nouveaux trésors d'imagination.

La Coréenne Jae-Won Cheung, 26 ans, offrira ensuite une prestation incertaine, balancée entre des tentatives poétiques et des passages de bravoure, souvent compromise par un mauvais contrôle du son, et, dans la sonate op. 101 de Beethoven, par de flagrantes erreurs de tempo et d'approche, notamment dans le premier mouvement, statique et planant.