Musique / Festivals Venu de Hambourg, le Syrian Expat Philharmonic Orchestra joue à Bozar mardi.

Ouvert en janvier 2017 après dix ans de travaux pharaoniques, l’Elbphilharmonie affiche complet jusqu’en juin mais qu’importe : chaque jour, des milliers de visiteurs viennent de toute l’Europe pour contempler l’orgueilleux vaisseau érigé dans le port de Hambourg, pour déambuler sur ses terrasses, ses patios et découvrir ses deux spectaculaires salles de concert. L’une réservée à la musique de chambre, l’autre à la musique symphonique, conçues par les architectes Herzog&de Meuron et l’acousticien Yahuhisa Toyota. Une œuvre d’"art total" d’un luxe inouï, a priori décalée par rapport au concert qui nous y amenait vendredi dernier, donné par le Syrian Expat Philharmonic Orchestra (SEPO) dans le cadre du projet "Salam Syria" accueilli à Bruxelles, ce mardi. La rencontre avec les musiciens et surtout le concert, donné devant une salle comble et enthousiaste, démontra l’unité du projet.

Un chaos productif

Le contrebassiste Raed Jazbeh est le fondateur de l’orchestre, sa cheville ouvrière et son porte-parole. Entre un changement de tenue ("pouvez-vous m’aider à mettre mes boutons de manchettes ?"), une séance de photo et mille appels sur un smartphone expirant ("vous n’auriez pas un chargeur ?"), il nous expliqua avec ferveur l’origine du Sepo. "Arrivé en Allemagne en août 2013, j’ai contacté par Facebook les nombreux musiciens syriens - compositeurs et interprètes - dispersés en Europe et en quelques semaines, nous étions cinquante. Nous voulions changer le regard des pays européens sur la Syrie et les Syriens, lâcher les images de guerre et de mort, déplacer le focus sur la culture, la musique, l’amour, le travail. Nous avons choisi le terme d’‘expatrié’ et non de ‘réfugié’, même si 65 pour cent de nos musiciens le sont, le reste étant des artistes et des étudiants établis ici avant les événements. Les premières répétitions ont suscité une incroyable émotion, faite de fierté et d’espoir. Quel que soit notre avenir, en Syrie ou ailleurs, pour nous, quelque chose a désormais changé."

Tous les musiciens sont des professionnels, acceptés jusqu’ici sans audition, pourvu qu’ils pratiquent un instrument symphonique. Mais Raed Jazbeh et son staff - ils sont une dizaine, aujourd’hui, à s’occuper (bénévolement) de l’orchestre - envisagent de créer différentes catégories, en fonction de l’âge et de la formation des musiciens, et de hisser l’orchestre au plus haut niveau. Par ailleurs, au cours de ses pérégrinations, le Sepo s’associe chaque fois à un orchestre du pays d’accueil. A Hambourg, ce fut l’orchestre de la Hochschule für Musik und Theater Hambourg, à Bruxelles, ce sera l’Orchestre national de Belgique.

Un fabuleux concert

Le programme hambourgeois annonçait des œuvres de musiciens syriens contemporains : "un heureux mélange d’Orient et d’Occident, et de toutes sortes de styles, de tendances et d’époques", annonçait Raed Jazbeh. On a eu un peu peur… Mais la crainte fut balayée par la qualité des œuvres, l’excellent niveau de l’orchestre, la direction vive et concernée du chef allemand Michael Boder, et la présence de solistes fabuleux, dont le contreténor allemand Kai Wessel (habitué des meilleurs ensembles baroques), la chanteuse syrienne Dima Orsho et son compatriote Kinan Azmeh, clarinettiste dont l’engagement, la virtuosité et l’inspiration mirent le feu à la salle. C’est aussi à lui que l’on dut l’extraordinaire "Suite pour orchestre et improvisations" (clarinette et voix), qui conclut la soirée. A retrouver ce mardi au Klarafestival !


Bozar, le mardi 21 mars à 20h (Horta Hall - gratuit) et 20h30 (Grande Salle). Infos : 02.5097.82.00 ou www.bozar.be ou www.klarafestival.be