Musique / Festivals

Sous la baguette de Luciano Acocella, l’Orchestre de l’ORW ne manque pas d’allure dans l’ouverture de "I Capuleti e I Montecchi" : le chef italien, mari de Patrizia Ciofi - qui tient le rôle de Giulietta -, n’usurpe pas sa place dans la fosse et manie le rubato avec élégance, tout comme il sait enflammer ses troupes là où la partition l’exige. Mais sommes-nous véritablement dans un théâtre d’opéra ?

On pouvait le deviner entre les lignes à la lecture de l’interview accordée à "La Libre" lundi par Ciofi, et la première du spectacle, mardi, a permis de le vérifier : la mise en scène de Maria Christina Muti, "à vivre comme une œuvre d’art, de façon contemplative", n’est pas un sommet de l’art théâtral. Certes, on admire l’habileté des projections vidéo qui tiennent lieu de décors, trompe-l’œil modernes qui semblent tout permettre : un triple rideau de scène qui s’ouvre tour à tour, des oriflammes flottant au vent, une foule de figurants fictifs, un tableau à la Fra Angelico, un glissement de perspective d’avant en arrière ou l’apparition soudaine d’une forêt verdoyante qui, l’instant d’après, perd ses feuilles. Mais on se lasse un peu, d’autant que certaines images sentent le diaporama, tombent dans l’humour involontaire (des nénuphars flottants aux allures d’étrons) ou frisent le kitsch. Pas seulement dans les projections, d’ailleurs, mais aussi dans certains détails réels comme l’apparition de la harpe sur scène ou le vent dans la traîne de Giulietta durant son sublime air d’entrée, plombé ici par la surcharge visuelle, mais aussi acoustique. Pourquoi amplifier aussi pesamment un instrument si gracieux et suffisamment sonore, et pourquoi imposer ensuite le même traitement à la clarinette solo et même, au final, - et c’est plus gênant encore - aux voix des solistes ? On préfère encore, comme au début de la scène du tombeau, une musique (soufie ?) sans rapport avec la partition originale que d’entendre Bellini doté d’un attribut technique moderne dont il n’a que faire.

Certes, la conception scénique a le mérite d’une grande lisibilité et parfois même certaines vertus esthétiques, mais l’émotion théâtrale est absente, sauf quand les interprètes eux-mêmes réussissent à l’insuffler par leur seule présence, comme dans le duo "Ah crudele" ou dans la plupart des interventions de la Ciofi. La soprano italienne est la juste triomphatrice de la soirée, par sa présence mais aussi par l’aisance, la netteté et l’expressivité de son chant. Moins à l’aise dans l’ensemble de la - large - tessiture (le grave manque de projection), Laura Polverelli campe un émouvant Roméo, même si la mise en scène peine à imposer la composante virile du personnage. On apprécie aussi le Lorenzo de Luciano Montanaro, et un peu moins le Tebaldo souvent acide d’Aldo Caputo ou le Capellio plutôt fade de Maurizio Lo Piccolo. Belle prestation, enfin, des chœurs de Marcel Seminara.

Liège, Palais Opéra, jusqu’au 7 février; www.operaliege.be. Diffusion le 2 février sur www.operalive.org