Musique / Festivals

On connaît, chez Mozart, l’histoire du mystérieux envoyé commandant au compositeur un Requiem peu avant sa propre disparition. Dans un genre moins dramatique, qui fut, en 1818 – il lui restait cinquante ans à vivre ! –, le véritable commanditaire de l’« Adina » de Rossini ? On pense aujourd’hui que c’est un riche Lisboète, amoureux d’une cantatrice, qui fit ainsi appel à un des plus célèbres musiciens de son temps pour écrire sur mesure un opéra pour sa belle. On sait seulement que la création n’eut finalement lieu que huit ans plus tard au théâtre Sao Carlos de Lisbonne.

L’œuvre ne fut jouée nulle part ailleurs à l’époque et disparut jusqu’à la fin du XXe siècle. C’est un opéra comique en un acte, qui ressemble par sa forme aux « farces » que Rossini composa à ses débuts à Venise mais aussi, par son livret, à pas mal d’opéras à sauvetage de l’époque, en ce compris « L’enlèvement au sérail » de Mozart. La jeune et belle Adina (soprano) est retenue dans le sérail du Calife (baryton), mais refuse de se donner à lui. Arrive son amoureux, Selim (ténor) qu’elle croyait mort. Il tente de la faire évader, ils sont capturés mais, alors que le Calife s’apprête à tuer Selim (et sans doute à se passer du consentement d’Adina), un bijou de la belle révèle qu’elle est en fait la fille disparue du Calife. On évite de justesse l’inceste et on gagne un happy end.

Pour la nouvelle production du Festival Rossini de Pesaro, Rosetta Cucchi (dont on avait vu « La favorite » à Liège la saison dernière) a choisi d’éliminer toute référence orientalisante. Et comme il est question des noces d’Adina – avec le Calife en début de soirée, et finalement avec Selim au rideau final – le décor est un immense gâteau de mariage qui occupe toute la scène du Teatro Rossini : un monde onirique et poétique avec des couleurs délicieusement kitsch et de la crème fraîche, des topiaires et des mariés de plastic qui s’animent, des échelles, escaliers et garde-corps et un joyeux chœur constitué de jardiniers, pâtissiers, grooms (aux uniformes turquoise et mauve !) et agents secrets aux mitraillettes de plastic coloré.

La distribution de jeunes voix émergentes (Lisette Oropesa, Vito Priante et Lev Sekgapane) est superbe, et la baguette enjouée et nette du chef vénézuélien Diego Matheuz rend justice à une partition composite (le compositeur se fit aider de quelques disciples) et sans ambition mais éminemment rafraîchissante.

Pesaro, jusqu’au 21 août ; www.rossinioperafestival.it