Musique / Festivals

ENTRETIEN

Son deuxième album («Little everyday masterplan») date de 2001, sa flopée de concerts de 2002 - notamment en tête d'affiche de Dour et en première partie de Placebo. En trois ans, le groupe namurois Flexa Lyndo a pris le temps de se faire désirer, voire de se faire un peu éclipser par la vague du rock wallon et bruxellois qui a déferlé en 2004, un courant auquel le groupe namurois, n'a pas participé. «Entre autres parce qu'on était en train de peaufiner notre 3e album: on voulait aller jusqu'au bout de nos idées» expliquent-ils. En fait, ce «renouveau» de la scène rock francophone, dont Flexa Lyndo passe pour l'un des précurseurs, a provoqué chez le groupe une émulation. «C'était une pression saine. On devait montrer qu'on avait autant à dire que Girls in Hawaii et Austin Lace, dont on se sent proche et qui sont sous le même label 62TV, explique Loïc Bodson, chanteur et guitariste. Mais avant tout, on avait besoin de se retrouver, après 7 ou 8 ans de musique la tête dans le guidon, on se demandait ce qu'on avait à dire de nouveau. On a beaucoup travaillé. Certains ont eu des enfants aussi!».

Le souhait de se consacrer totalement à la musique a même poussé Loïc Bodson et Gaël Bertrand, le bassiste, à abandonner leur job de chercheur à l'université. «Nos horaires étaient assez souples, mais on manquait de temps et de place, dans notre esprit, pour la musique. Ce sont deux activités très absorbantes» expliquent les compères, pour qui «la musique, c'est aussi de la recherche», outre la précarité d'emploi qu'elles ont en commun. «Celui qui fait une thèse vit un peu comme un ermite pendant des mois; celui qui fait un album aussi. Enfin, nous, on l'a vécu comme ça» témoigne le leader.

Six sur scène

Avec «Slow club», premier album produit par le groupe lui-même, Flexa Lyndo prend donc un nouveau départ, qui se traduit par de nouvelles collaborations. Le trio originel (Loïc Bodson, Gaël Bertrand, Gaëtan Libertiaux) a perdu son partenaire Rodolphe Coster - parti se consacrer à d'autres projets. Mais il en a trouvé d'autres qui s'avèrent efficaces. Le rappeur suisse Nya, d'abord.

«Une sorte de conteur qui introduit l'album avec le morceau «Slow club» : ce qu'il raconte dans cette première plage, c'est un peu les galères de l'album, des questions qu'on s'est posées...» commente Loïc Bodson. Marie V (chanteuse de Smog88), Olivier Soree (guitariste de Sweek) et le VJ Sam, ensuite, trois amis du collectif namurois «Carte Postale» qui accompagnent désormais Flexa Lyndo sur scène.

«Slow club» est moins porté par les guitares que son prédécesseur, davantage par un son électro - Gaël Bertrand ayant mis tous ses talents d'ingénieur électronicien à contribution -, le tout restant léger, résolument pop. «Cette fois, on était producteur, maître de l'outil. On enregistrait tout sur ordinateur, puis on y retravaillait des morceaux. Ça a donné des batteries séquencées, des guitares qui deviennent des boîtes à rythme, une basse qu'on coupe ici ou là...» racontent-ils. «On voulait faire un album assez immédiat, où les gens captent vite une mélodie, mais un album assez subtil aussi, où, des mois plus tard, ils découvrent encore des trucs dans le fond du son - le petit côté électro ne s'entend d'ailleurs pas nécessairement à la première écoute» résume Loïc. D'où l'appel à des professionnels pour le mixage: Gilles Martin (dEUS, Venus...), Duke (Venus) et Stephan Kraemer (Yann Tiersen). On sent, derrière cette pop «bricolée», autant l'influence de la scène électronique allemande que le dialogue avec des confrères tels Austin Lace (qui ont collaboré à la conception du morceau «Beyond the satellites»). Les mélodies de «Grand jumble army», «Bang on the motorcade» ou «Cleo» s'appréhendent sans effort, tandis que «Love the bomb», subtil et sensuel, hypnotise.

Heureux de consacrer désormais leur temps à leur passion première, les Flexa Lyndo - par ailleurs impliqués dans l'association Alarme! qui défend les intérêts des artistes de musique non classique - gardent la tête sur les épaules. «On fait de la musique depuis dix ans. On sait que rien n'est jamais gagné. Et que personne ne gagne vraiment sa vie avec la musique, dans le rock belge côté francophone du moins. Il faut être une sorte de fou habité par un truc très fort, pour faire ce métier-là...».

«Slow club», un CD 62TV records / Bang!

En concert au Botanique le 13 mai. Et d'autres dates sur www.flexalyndo.be

© La Libre Belgique 2005