Musique / Festivals

Groupe de hip hop belge qui monte, La Smala a réussi à remplir l’Ancienne Belgique deux semaines avant la date butoir. Un concert à guichets fermés symbole de la notoriété qui commence à s’emparer tout doucement d’eux. Depuis 2007 et leurs premières collaborations Seyté, Senamo, F.L.O., Rizla, Shawn-h et Dj X-men sont passés à la vitesse supérieure : signature sur un label, tournée en France et en Suisse, premiers gros festivals.

Un flow propre à chacun, des instrus travaillées, des paroles intelligentes, piquantes, marrantes, l’album "Un cri dans le silence", qui sort ce vendredi, fait écho au précédent, "Un murmure dans le vent". Ce nouvel opus surfe d'ailleurs sur les même thèmes: la nostalgie de l’enfance, l’amitié, la musique, l’amour, la solitude, leurs rêves, les haters, la rudesse de la vie d’adulte, des coups bas, de la mort… Car, malgré la professionnalisation, les jeunes Bruxellois ne veulent surtout pas prendre le melon, troquer leur liberté ou se brouiller pour du pognon. Entretien avec Seyté, l’un des cinq emcees.

Il n’y a pas 150 groupes de rap belge qui ont réussi à remplir l’Ancienne Belgique. C’est beau non ?

Je crois qu’il y a eu Scylla, Gandhi, Starflam. C’est une belle salle, c’est vraiment une grande fierté pour nous. On est tous Bruxellois à la base, on est très chaud de jouer devant notre public. Arriver à le remplir deux semaines avant le concert, c’est clair que c’est incroyable. On a toujours eu de l’ambition mais on aurait peut-être pas imaginé cela au début. Ce qui nous arrive, cela prouve juste que le travail paie.

Vous avez travaillé avec un metteur en scène pour améliorer votre présence scénique ?

On a eu un coach scénique pour bosser sur les transitions, savoir ce qu’on devait faire ou ne pas faire pour améliorer notre performance. On sent la différence. Avant on avait déjà un côté péchu mais c’était un peu fouillis.

Il n’y a pas un risque que le show soit trop cadré justement ?

Avant d’accepter de bosser avec lui, on a dit qu’on voulait garder tous nos freestyles. On a toujours cette énergie mais désormais le show est plus propre, plus carré, plus pro. On a essayé d’attirer un public plus large aussi, qui ne s’adresse pas qu’aux fans de hip hop ou de la Smala. Le but, c’est d’arriver à attirer les gens qui viendront nous voir, en festival, par exemple et qu’ils se disent, "ah ouais c’est bien en fait La Smala". Il y a 10-15 ans, le rap c’était "nique la Police", mais ça a a changé, le but c’est de continuer à ouvrir le rap.

Vous avez signé chez Sony. C’était une obligation ? Est-ce que vous n’avez pas peur de perdre votre indépendance, votre liberté ?

Non car on leur livre un produit fini. Ils n’ont aucune influence sur notre travail. Ils nous aident, en revanche, à améliorer la distribution et la visibilité. On fait ce qu’on a toujours fait mais le label, c’est un bonus.

Ca marche de plus en plus. Pas mal de vos textes évoquent le pouvoir de l’argent et notamment le pouvoir qu’ont les billets de changer les gens.

On ne veut surtout pas se vendre. C’est un peu le piège. On est des vrais passionnés. Ce qui fait qu’on est arrivé à monter, c’est qu’on est des potes. On a commencé pour le plaisir. C’est une alchimie entre nos différents styles. On prendra ce qu’on nous donnera mais le but ce n’est pas forcément de brasser de l’argent. On aimerait pouvoir vivre de notre art mais tout le monde est bien conscient qu’on ne veut pas se brouiller pour cela.

C’est plus compliqué de vivre de son rap au Plat Pays qu’en France ?

C’est certainement plus facile d’en vivre car il y a plus d’éditeurs, il y a pas mal de structures qui permettent aux groupes de décoller. Après, c’est plus dur de se faire une place, il y a plus de concurrence aussi. Il y a 20.000 autres groupes. Ce qui fait qu’au final ce n’est pas forcément beaucoup plus facile.

Rencontre : Jacques Besnard

> Un disque (CD+DVD) : La Smala "Un Cri dans la Silence" (Sony Music). En concert ce vendredi 10 à l'AB (sold out) puis en tournée partout en Belgique (Charleroi, Mons, Couleur Café, Ardentes, Dour, Ronquières...)